Barbier, Enthoven, Couturier et Fourest sont sur un bateau

À la mi-novembre devrait paraître le « newsmagazine » Franc-Tireur, publication « soutenue par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, dirigeant de Czech Media Invest », propriétaire de Marianne, Elle et Public, actionnaire du Monde, de Télérama, de L’Obs, de TF1… « Le budget alloué par CMI reste confidentiel » pour l’instant, précise Le Monde (21/09) ! Le titre (8 pages) sera co-dirigé par l’éditorialiste selon qui « le terrain pollue l’esprit » : Christophe Barbier, qui certes, s’ennuyait un peu sur les plateaux de BFM-TV. Et ce n’est pas tout…

Silence dans la salle ! Christophe Barbier a parlé. « La société française est en danger » :

L’époque est aux radicalités. Une nouvelle pensée unique domine le débat. Face à cette réalité, nous proposons un autre projet.Découvrez #FrancTireur, votre nouveau journal, au service de la Raison. pic.twitter.com/jG2Lat5MDe
— Franc-Tireur (@franctireurmag) October 6, 2021

« Ce n’est pas une rédaction comme les autres ! Elle est composée d’individualités qui ont toutes un parcours éloquent ». Pour une fois, on est d’accord avec Barbier : à commencer par le sien. Dont l’éloquence journalistique n’est en effet plus à prouver, allant de déclarations d’amour au pouvoir aux louanges des « forces de l’ordre » qui violentent et humilient des lycéens. Lutter contre « les fausses nouvelles, les mensonges [qui mettent] en danger la raison, le bon sens » ? Banco ! Le futur rédac’ chef pourra partager son expérience en la matière, lui qui dispose d’un véritable mode d’emploi pour aligner les plantages en série.
L’éditorialiste sera épaulé par Caroline Fourest dans le rôle de « conseillère éditoriale »… Ça promet [1] !
Le suivant ? Raphaël Enthoven – « Plutôt Le Pen » que Mélenchon. « Hostile aux pensées radicales » ? Mais pas à la radicalité de la pensée dominante, que le fast thinker à l’esprit bourgeois dispense tout sourire… et à coups de marteau.
D’autres « combattants de la raison » ? Brice Couturier, journaliste « collaborateur » à France Culture ? Certainement. « Persuadé de vivre dans un monde où le débat médiatique est accaparé par les “gauchistes” » [2], ce combattant de l’ordre craint « la polarisation excessive qui déchire la vie politique ». C’est vrai qu’en période de révolte sociale, lui n’a pas « excessivement » le disque rayé :

Aïe, aïe, aïe… Par avance, on voudrait encore rire (jaune) de ce beau projet journalistique, applaudi des deux mains par Denis Olivennes, le « patron de Libération et membre du conseil d’administration de CMI » rappelle Le Monde, qui anticipe une ligne « passionnément raisonnable »… La joyeuse troupe met en avant la publication d’ « enquêtes au long cours » – on attend avec hâte l’ « exclusive » sur « l’islamogauchisme-qui-gangrène-la-société » – mais surtout… « des tribunes à charge », ce qui semble tout de suite plus crédible. Il est vrai qu’en cette rentrée, le paysage médiatique manquait cruellement d’éditos, si possible réactionnaires. Avec ces vieux-nouveaux-mêmes « francs-tireurs » (et d’autres, dont le CV n’est guère plus reluisant), omniprésents partout sur le PAF, la balance promet d’être rééquilibrée… Que vive le pluralisme : courage, fuyez !
Pauline Perrenot

[1] Pour quelques éléments de son CV, lire par exemple « Les croisades de Caroline Fourest », Revue du Crieur, 02/2017 ou « Sœur Caroline et frère Jean-Louis. Retour sur une brillante ascension », Les mots sont importants, 04/2020.

[2] Lire « Les malédictions de Brice Couturier. De l’Internationale au “libéral-patriotisme” », Olivier Cyran, Les éditocrates 2. Le cauchemar continue, La Découverte, 2018.

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Author: Acrimed.org

Action-CRItique-MEDias [Acrimed]. Née du mouvement social de 1995, dans la foulée de l’Appel à la solidarité avec les grévistes, notre association, pour remplir les fonctions d’un observatoire des médias s’est constituée, depuis sa création en 1996, comme une association-carrefour. Elle réunit des journalistes et salariés des médias, des chercheurs et universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias. Elle cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique indépendante, radicale et intransigeante.