Carte d’identité biométrique : sa genèse macronienne

En pleine mobilisation contre le passe sanitaire, la nouvelle est passée relativement inaperçue. Elle n’est pourtant pas sans lien : depuis le mois d’août 2021, les cartes d’identité délivrées embarquent dorénavant un code en deux dimensions contenant les données d’état civil, l’adresse du domicile, les informations sur la CNIe (numéro, date de délivrance, date de fin de validité), lisible par n’importe qui, et une puce biométrique lisible pour les usages « régaliens »..
Quelques jours plus tard, la multinationale française de l’identité IDEMIA a été retenue par l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) dans le cadre du programme interministériel France Identité Numérique (le but de ce marché public est de permettre de contrôler l’identité d’une personne à l’aide d’un smartphone et de la nouvelle carte d’identité électronique).
C’est dans ce contexte que nous publions un extrait d’un texte de Félix Tréguer qui revient sur un moment important dans la genèse de ces dispositifs. Il a été publié dans un ouvrage collectif paru récemment aux Éditions Amsterdam et intitulé Le Nouveau Monde ? : Tableau de la France néolibérale (éds. Popelard, A., Burlaud, A., & Rzepski, G.).
En ce mois de décembre 2016, les arguments fusent au sein du groupe de travail « Défense et sécurité » constitué autour d’Emmanuel Macron, candidat déclaré à la présidence de la République. Depuis quelques semaines, par messages interposés 1La retranscription de ces échanges est réalisée à partir des courriers électroniques de la campagne Macron divulgués sur la plateforme WikiLeaks : https://wikileaks.org//macron-emails/emailid/55445 ;https://wikileaks.org//macron-emails/emailid/51838 ;https://wikileaks.org/macron-emails/emailid/54133.
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Anne Bouverot, alors présidente-directrice générale de Morpho (depuis devenu Idemia), leader français de l’identité biométrique, a récemment été cooptée par le petit groupe de conseillers. Dans une note qu’elle soumet à la réflexion collective, elle commence par souligner le coût de la carte d’identité biométrique – 2 euros l’unité, soit 140 millions d’euros environ pour l’ensemble de la population française – et invite à la faire directement payer par les citoyens. Le déploiement de cette carte permettra selon elle « une baisse de la fraude et des coûts associés », « une plus grande sécurité et [une] meilleure lutte contre le terrorisme ». Mais ce n’est pas tout : grâce à la reconnaissance faciale et aux données biométriques stockées sur la puce électronique de ce nouveau titre d’identité, une myriade d’autres usages sont également possibles, notamment pour le secteur privé. Bouverot évoque ainsi la possibilité « de valider l’identité d’une personne au moment d’une transaction numérique sécurisée : signature d’un contrat, achat d’un billet d’avion, transfert d’argent entre pays différents, etc. »
Dès le lendemain, le 12 décembre, Didier Casas, haut fonctionnaire et à l’époque directeur général adjoint de Bouygues Télécom, adresse un message à Alexis Kohler, le conseiller d’Emmanuel Macron qui deviendra secrétaire général de l’Élysée, et à Ismaël Emelien, en charge de la communication et des affaires stratégiques au sein de la campagne : l’identité biométrique, « vous achetez ou pas, franchement ? » « Honnêtement, bof », tranche Emelien quelques heures plus tard. La proposition ne figurera donc pas au programme du candidat Macron. L’identité biométrique – instaurée en France en 2009, sous la pression des États-Unis, avec la création du passeport biométrique – réalisera pourtant une percée décisive sous son mandat, que ce soit au travers de l’application pour smartphone ALICEM, expérimentée depuis juin 2019, ou de cette fameuse « carte nationale d’identité électronique » (CNIe), finalement lancée à l’été 2021.
Ces échanges, à la fois banals et remarquables, offrent un bon aperçu des processus qui président à la fuite en avant de la surveillance numérique : les intérêts à court terme des élites politiques, administratives et économiques s’entrecroisent, voire s’alignent au gré de leurs allers et retours entre public et privé, tandis que les désordres du monde et la surenchère politicienne nourrissent une escalade sécuritaire qui alimente à son tour l’industrie de la surveillance en lui assurant des débouchés. À la croisée des velléités de contrôle social, du soutien aux fleurons industriels, des tentatives de rationalisation bureaucratique et d’une propension toujours plus grande au « solutionnisme technologique », la surveillance se déploie et entretient la flambée du libéralisme autoritaire.
La suite à lire dans Le Nouveau Monde? : Tableau de la France néolibérale (éds. Popelard, A., Burlaud, A., & Rzepski, G.), paru aux Éditions Amsterdam.
References[+] References ↑1 La retranscription de ces échanges est réalisée à partir des courriers électroniques de la campagne Macron divulgués sur la plateforme WikiLeaks : https://wikileaks.org//macron-emails/emailid/55445 ;https://wikileaks.org//macron-emails/emailid/51838 ;https://wikileaks.org/macron-emails/emailid/54133.
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