La gauche arabe perd trois de ses grandes figures

Trois grandes figures de l’opposition nous ont quittés depuis 2020 : le Tunisien Gilbert Naccache, le Syrien Michel Kilo et le Marocain Abdellah Zaâzaâ. Ils voulaient participer à la vie politique de leurs pays dans un cadre rénové, et exercer leur liberté de penser et d’agir selon leurs propres convictions.
Leur disparition ravive l’interrogation sur la manière dont des hommes et des femmes issus de la gauche se sont opposés à l’autoritarisme de leurs États au lendemain des indépendances, dans les années 1960 et 1970. Si leurs parcours ne sont en rien identiques, ces trois personnalités hors pair ont bien des choses en commun. Issus de la même génération, ils ont fait preuve d’une même détermination à mener un combat difficile pour les libertés et la démocratie. C’était aussi trois laïcs, qui ont trouvé dans les idées et structures communistes une manière de dépasser les appartenances ethniques, sociales, culturelles et religieuses. Ce besoin de vouloir nier ces catégories se comprend plus aisément pour le juif Gilbert Naccache (1939-2020) et le chrétien Michel Kilo (1940-2021), mais il était également partagé par Abdellah Zaâzaâ (1945-2021). Lorsque ce dernier a adhéré au mouvement d’extrême gauche Ilal Amam, il se souvient qu’on ne disait pas aux militants juifs comme Sion Assidon ou Abraham Serfaty qu’ils étaient juifs : ils étaient tous militants, et cela le comblait.
Ces illustres opposants partageaient aussi le sentiment selon lequel l’indépendance de leurs pays n’avait pas tenu les promesses démocratiques et sociales dont le combat nationaliste était porteur. Pour eux, ces promesses avaient été bafouées par ceux qui s’étaient emparés du pouvoir et l’exerçaient sans partage. Ces dirigeants voulaient conserver le pouvoir coûte que coûte, sans considération aucune pour le désenchantement des populations. Ce n’est pas un hasard si, à partir de 1965, dans les milieux étudiants, puis dans les milieux professionnels et syndicalistes, une contestation socialiste s’est dressée contre des États fraîchement indépendants dont les chefs faisaient de plus en plus preuve d’autoritarisme pour écraser les velléités de liberté et de démocratie. Les fils de l’indépendance se retournaient contre « les pères ».
On ne s’oppose pas de la même manière au « Combattant suprême » tunisien Habib Bourguiba, auteur d’une révolution sociale et qui se réclamait à la fois du socialisme et de ses amitiés occidentales, au clan Al-Assad père et fils, et contre un Hassan II prêt à tout pour anéantir ceux qui pouvaient rompre le consensus et l’union autour de son trône.
Naccache et le refus de l’autoritarisme bourguibien
En Tunisie, Gilbert Naccache restera la figure phare de Perspectives, un groupe d’opposition qui a conduit une expérience à part dans les années 1960 et 1970. Son militantisme était plus ancien que celui de ses camarades du groupe. Ancien trotskiste, il avait adhéré au Parti communiste tunisien (PCT) avant de partir pour Paris en 1956, où il s’était inscrit à l’École nationale supérieure d’Agronomie. Il fréquentait la cité universitaire et les cafés parisiens où l’on débattait de marxisme, de léninisme, de la guerre du Vietnam et de l’impérialisme américain.
En cercles plus restreints, avec ses compatriotes, il évoquait le durcissement du régime politique de Habib Bourguiba qui laissait peu de place à ceux qui comme lui, voulaient prendre part à la construction de la Tunisie moderne. Ce petit groupe de déçus a mis en place le Groupe d’études et d’action sociale en Tunisie (GEAST) qui a publié dès 1963 une revue intitulée Perspectives. Par leurs analyses, ils entendaient créer un espace de contestation qu’ils jugeaient nécessaire à la démocratie. Leur action, qui mêlait lutte pour les libertés et la démocratie et réflexion politique se caractérisait par le refus. Refus de la mainmise du Parti socialiste destourien (PSD) de Bourguiba ; refus de l’autoritarisme du chef de l’État et refus de voir la politique étrangère du pays appuyer les États-Unis engagés au Vietnam.
À partir de 1968, Gilbert Naccache sera arrêté à trois reprises, avec d’autres membres du groupe. Jugé par la Cour de sûreté de l’État, il sera condamné à 16 ans de prison pour complot contre la sûreté de l’État. Il restera onze ans en cellule, bénéficiant d’une libération conditionnelle en 1979, et ne retrouvera la totalité de ses droits qu’après la révolution de 2011.
Son combat au sein du groupe Perspectives n’a pas manqué d’ambivalence dans la mesure où il adhérait volontiers aux réformes modernistes de Habib Bourguiba, mais rejetait « son régime autoritaire qui ne tolérait pas la moindre contestation, n’accordait aucune liberté autre que celle d’applaudir, et le culte de sa personne qu’il avait fait se développer transformait toute critique en une atteinte personnelle contre lui »1.
Or, pour Bourguiba, l’indépendance d’esprit et d’action de Naccache et de son groupe n’était qu’ingratitude. C’était un acte de rupture de la part d’une génération que Bourguiba avait le sentiment d’avoir gâtée, les étudiants ayant fait figure de protégés dans sa politique volontariste. Persuadé d’avoir « sauvé » son peuple de la colonisation d’abord, de l’ignorance ensuite, il ne pouvait accepter ces postures critiques à son égard. Le malentendu entre Naccache et Bourguiba était d’autant plus important que Bourguiba ne concevait d’opposition et de dissidence que dans l’objectif de la prise de pouvoir. Ce décalage entre Bourguiba et les « perspectivistes » explique peut-être la disproportion de la répression qui s’est abattue sur ces jeunes qui rêvaient de démocratie et de liberté.
Jamais Naccache et ses compagnons n’ont été reconnus comme prisonniers politiques. Ils ont été envoyés à Borj Er-Roumi, là où le protectorat français mettait jadis à l’isolement les chefs nationalistes, mêlés aux prisonniers de droit commun et aux condamnés à mort. Pourtant, Bourguiba n’était pas complètement hostile à leur libération et peut-être à leur réhabilitation. Il exigeait toutefois de leur part qu’une demande de pardon écrite lui soit adressée à son palais de Carthage. Comme dans d’autres expériences de la dissidence dans le monde arabe, cette demande de grâce présidentielle a divisé profondément le groupe, et Naccache faisait partie des plus récalcitrants à ce sujet.
L’appel de Kilo à la démocratisation de la Syrie
En Syrie, Michel Kilo s’est également battu des décennies durant pour la liberté et le pluralisme. Le combat de cet ancien communiste contre le clan Assad a été autrement plus dur. Il lui aura fallu en effet rester déterminé à conserver ses valeurs et ses idéaux contre un régime structuré autour d’un parti unique, le Baas, qui exerçait un contrôle étroit sur l’ensemble de la vie politique syrienne par le biais d’un vaste appareil policier et de renseignement, les fameux moukhabarat. Là, le prix de la désobéissance se payait encore plus cher que dans la Tunisie de Bourguiba. L’appareil répressif et les techniques de torture y étaient bien plus sophistiqués.
Malgré cela, Kilo, dont l’engagement avait commencé lors de la première vague de contestation du système, dans les années 1970, a été de tous les combats : pour la libération des prisonniers politiques, pour faire abroger la loi qui condamne à mort tous les Frères musulmans. En 2005, il a été à l’origine de la « Déclaration de Damas », un appel à la démocratisation du système politique, au moment où s’organisaient les préparatifs du 10e congrès du parti Baas. Il s’agissait d’un engagement d’unité entre les différentes factions politiques du pays, laïques et religieuses, arabes comme kurdes, pour introduire des réformes « pacifiques et graduelles », basées sur le dialogue et la reconnaissance de l’Autre. Mais Bachar Al-Assad, qui ne retenait aucune des réformes proposées a sévi à l’encontre des signataires de cette déclaration. Michel Kilo a été envoyé en prison pour trois ans.
Zaâzaâ et le mouvement Ilal Amam
Le parcours d’Abdallah Zaâzaâ au sein d’Ilal Amam (En avant) est autrement singulier. Ce groupe marxiste-léniniste a été mis en place à l’été 1970 par des militants issus ou proches du parti communiste marocain et de la revue Souffles pour renverser le pouvoir de Hassan II. Ici aussi la répression qui s’est abattue sur le groupe dès 1972 était totalement disproportionnée par rapport au danger constitué par quelques dizaines d’intellectuels (souvent fonctionnaires) et quelques centaines d’étudiants aux moyens matériels et financiers dérisoires. Mais le contexte des deux coups d’État militaires perpétrés par l’armée contre Hassan II en 1971 et 1972 intensifie la dureté du pouvoir à l’égard de toute forme d’opposition. Abraham Serfaty et Abdallah Zaâzaâ sont rapidement arrêtés, et Ilal Amam se forge une réputation maudite quand Abraham Serfaty affiche son soutien public au Front Polisario qui revendique l’indépendance du Sahara occidental. Une déclaration qui torpillait les plans du roi à la manœuvre à ce moment précis pour faire du Sahara une cause nationale symbolisée par la « Marche verte » de 350 000 personnes le 6 novembre 1975.
Par cet acte politique, Hassan II refondait son régime, réinventant un consensus politique, reprenant en main la société politique, occupant son armée et définissant ses ennemis. L’union politique autour du trône repose sur la reconnaissance et la prééminence spirituelle du roi en tant que Commandeur des croyants (Amir Al Mûminin), et sur un pacte d’allégeance entre le roi et la communauté des Marocains pour défendre « l’intégrité du territoire ». Le refus du groupe de faire partie de ce pacte brisait le consensus. Pour Hassan II l’affront était total et le sort réservé à ceux qui sortaient de la communauté valait anéantissement.
Plus résistant que ses camarades, Abdallah Zaâzaâ était également décalé par rapport aux intellectuels du groupe. Travaillant à l’Office national d’électricité, il s’était initié à la vie politique par le syndicalisme. Sous prétexte de demandes d’augmentation des salaires, une grève avait dénoncé l’enlèvement de Mehdi Ben Barka, mais il a été rebuté par la rigidité des syndicalistes, d’autant qu’il était désigné à tort comme communiste.
Sa vie et son rapport à la politique allaient connaître un véritable tournant en 1968, lorsqu’il est envoyé en formation à Paris et qu’il assiste aux événements de mai 1968. À son retour, il veut absolument militer, et adhère à Ilal Amam : « Je serais rentré dans n’importe quel mouvement politique qui prétendait régler les choses, les changer, une structure où on parlait des grandes causes de l’époque comme la guerre du Vietnam ». Travailleur, discipliné et déterminé, ses camarades l’adoptent aisément et lui font gravir rapidement les échelons, mais un effort de réflexion lui est constamment demandé, ce qui lui plaît moyennement. Rapidement repéré par les services de renseignement, il est arrêté en 1975, on le torture vainement pour obtenir le nom de ses camarades clandestins. Il est condamné à perpétuité.
Durant ses quatorze années passées en prison, il s’est demandé pourquoi il se battait finalement, dans la mesure où l’aspect idéologique et organisationnel d’Ilal Amam lui échappait. Ses camarades du mouvement militaient pour des principes qui n’étaient pas les siens quand ils défendaient l’autodétermination des Sahraouis. Mais pour le pouvoir, tous les militants du groupe étaient identiques dans leurs refus d’adhérer au consensus. Abdallah Zaâzaâ ne partageait pas leurs vues sur le Sahara, mais il était républicain et convaincu qu’aucun changement politique sérieux ne pouvait se faire dans le cadre de la monarchie.
Qu’importaient les nuances puisque personne ne lui demandait d’expliciter ses idées et son combat, et sa libération de prison, il en a fait son deuil puisqu’il refusait catégoriquement de demander pardon à Hassan II. Son seul espoir résidait dans la pression internationale et les mouvements de soutien en France et en Belgique contre la torture au Maroc. Mais Hassan II savait y répondre, en libérant quelques anciens de temps en temps, mettant en avant sa clémence, manière de faire baisser la tension. Un fonctionnaire confie un jour à la mère de Zaâzaâ que le régime, qui « ne voulait pas de fausses notes » serait prêt à accepter ses excuses, mais c’était mal connaître l’homme qui rêvait de liberté sans être disposé à faire allégeance. En 1986, avec des camarades d’infortune, il se met à creuser un tunnel pour fuir la prison et quitter le pays. Deux ans de travaux, mais il fallait encore des faux papiers pour quitter le Maroc, ce n’était pas facile. Or, en novembre 1988, Hassan II donne une conférence de presse au cours de laquelle il précise qu’il n’a aucune haine envers les prisonniers (d’opinion), et que seuls ceux qui ne reconnaissent pas la marocanité du Sahara y resteront (outre Abraham Serfaty, désormais accusé de sionisme).
Zaâzaâ a été libéré à la faveur d’une grâce royale, mais ce n’était absolument pas de cette manière qu’il souhaitait quitter la prison. Dans un livre autobiographique publié en 20192, il explique qu’une colère l’a envahi quand il l’a appris. Il faisait partie de ceux qui ne voulaient pas demander le pardon de Hassan II, et au cours du procès, la question du Sahara et de son autodétermination n’a jamais été évoquée par des juges.
Il ressent alors le besoin d’envoyer une lettre ouverte au roi, qui a été également publiée dans Politis3 Il rappelle d’abord au roi qu’il y a encore des centaines de détenus politiques dans les prisons marocaines, dont certains sont membres de partis politiques représentés au Parlement. Il revient également sur la question du Sahara en exprimant implicitement son propre positionnement sur la question : « Dans notre groupe de détenus à la prison de Kenitra, certains de mes camarades ont toujours clamé haut et fort la marocanité du Sahara, aussi bien au sein du mouvement politique que nous formions que lors du procès, et aujourd’hui même le clament à chaque occasion ». Mais Abdallah Zaâzaâ ajoute plus loin une remarque lourde de sens pour le monarque : « En fait, Majesté, si le Maroc était un État de droit, et si ce droit pouvait légitimer la répression de ceux qui sont pour le droit à l’autodétermination, le premier à passer devant un tribunal devrait être l’État marocain qui s’est engagé devant des instances internationales, OUA et ONU, à permettre le déroulement d’un référendum d’autodétermination au Sahara, mais à en respecter toutes les conséquences, y compris l’indépendance si tel est le vœu des Sahraouis ».
Impossible réhabilitation
Dans ces trois pays, après leurs années de prison, ces dissidents ont prolongé leur engagement dans le monde associatif et la défense des droits humains. Mais l’écriture a été également un refuge pour eux. Abdallah Zaâzaâ fonde en 1991 le journal Al-Mouatten, dont les numéros sont saisis. Il vit de petits boulots, notamment chez un menuisier, avant de mettre en place le Réseau des associations de quartier (Resaq) avec les jeunes des quartiers populaires de Casablanca. En tant que coordinateur de ce réseau, Zaâzaâ s’investit dans un travail d’éducation populaire. Élu conseiller municipal de son quartier, il pratique à l’échelle locale la démocratie participative des habitants.
Malgré sa notoriété, Gilbert Naccache a éprouvé les mêmes difficultés à s’insérer dans la vie professionnelle à partir des années 1980. Il crée alors sa propre maison d’édition, Salambô, qui fera faillite assez rapidement. Mais il n’aura de cesse d’accompagner la vie politique du pays, en s’impliquant dans la défense des droits humains avec sa femme, la féministe Azza Ghanmi. Il s’investit surtout dans l’écriture, laissant un important corpus à la « littérature carcérale », même si lui-même préfère utiliser l’expression de « littérature de la liberté ». Au sein de son groupe, il est l’auteur du premier roman relatif à son expérience carcérale, un livre rédigé en prison sur l’emballage des paquets de cigarettes qu’il fumait alors et qui donneront le nom à son ouvrage Cristal. Publié en 1982, ce roman qui paraîtra en arabe beaucoup plus tard, en 2018, articule la vie en prison et la réflexion sur l’ordre existentiel de l’engagement politique, la liberté de conscience, la dignité et le respect de la vie humaine. Il dira plus tard que Cristal était une réflexion sur la résilience, sur la manière dont les gens libres, ceux qui ne s’indignaient pas, selon ses termes, ont pu vivre ses propres années de prison. D’autres écrits suivront, comme Qu’as-tu fait de ta jeunesse ? (2009), Vers la démocratie, ou encore Comprendre m’a toujours paru essentiel.
S’impliquer dans la vie politique après 2011
Naccache, Kilo et Zaâzaâ ont été contents de voir des peuples arabes se soulever en 2011. Pour Kilo, « C’est la première révolution que nous avons connue dans l’histoire de la Syrie pourtant vieille de 2000 ans […]. Aujourd’hui, nous avons une révolution dont les symboles et les principes sont basés sur l’idée de liberté »4. Son implication dans l’opposition au régime le tente évidemment, mais il ne se sent à l’aise dans aucune des deux grandes structures de l’opposition qui se sont mises en place, jugeant la coalition nationale syrienne (CNS) trop proche des monarchies de Golfe et la coordination pour le changement démocratique quelque peu conciliante avec le régime, malgré son orientation à gauche. Avec Samir Aïta, il met en place le Forum démocratique syrien, qui pourrait constituer un pont entre les plateformes de l’opposition. Mais la guerre des égos fait échouer le projet. Michel Kilo se consacre alors à la publication d’un manuscrit rédigé trente ans plus tôt, Deir Joussour, une satire de l’État policier syrien qui paraît en 2019.
C’est sans doute Gilbert Naccache qui réussira le mieux à devenir un « acteur de la révolution » de 2011, selon l’expression de l’historien Hichem Abdessamad. La vie politique et institutionnelle ayant été à réécrire, il participe activement à la réflexion sur une nouvelle Constitution respectueuse des libertés publiques, au sein du réseau Doustourna. Il prend également part aux débats qui portent sur la nécessité d’une justice transitionnelle. Naccache a également été physiquement présent, avec sa femme, à toutes les manifestations de protestation des blessés et des familles de martyrs de la révolution. Par son implication, il a réussi à forcer l’admiration des jeunes, devenant en quelque sorte un « passeur » entre le groupe Perspectives et les jeunes insurgés de 2011. Le 17 novembre 2016, il est auditionné par l’Instance vérité et dignité (IVD) mise en place en 2013 pour faire la lumière sur les violations des droits humains avant la révolution. Il pense que son témoignage sur ses trois séjours en prison est nécessaire : « Nous n’avons pas le droit de garder ces expériences pour nous, ne pas y participer aurait été comme déserter ». Plus que son témoignage sur la torture subie, c’est le regard qu’il porte sur l’IVD qui est important à noter : « Les Tunisiens ont l’impression de pouvoir enfin parler, pendant des années, ils avaient honte d’être victimes, préférant le silence à l’incompréhension. On aurait pu penser que les victimes et familles des martyrs se lanceraient dans une sorte de vendetta, mais la vérité s’est imposée sur la vengeance ».
De toute évidence et même si la justice transitionnelle entravée par le président Caïd Essebssi n’a pas encore abouti en Tunisie, 2011 n’a pas procuré la même satisfaction à chacun des trois dissidents. Michel Kilo a essayé vainement de faire entendre la voix des opposants syriens, mais a dû se rendre à l’évidence : il lui était impossible de continuer à revendiquer son combat pour les libertés fondamentales alors que les groupes islamistes prenaient le pas sur l’opposition démocratique, et le régime de Bachar Al-Assad comptait de nombreux alliés comme la Russie et l’Iran qui l’ont aidé à se maintenir. Quant à Abdallah Zaâzaâ, il a bien compris qu’il ne verrait jamais de son vivant le changement souhaité au Maroc.

1Gilbert Naccache, Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?, Paris/Tunis, Cerf/Mots passants, 2009 ; p. 95

2Le combat d’un homme de gauche, Kalimate éditions, 2019.

3« Lettre ouverte à Hassan II », publiée en janvier 1989.

4« Michel Kilo, figure de l’opposition syrienne », Middle East Eye, 8 décembre 2016.

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Author: OrientXXI.info

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