À propos des traductions du chinois, par DD

Cher Paul, Je viens de lire votre texte à propos des traductions.
Lorsque les Jésuites et plus tard nos pères missionnaires ont découvert et traduit les classiques confucéens, ils ne les ont pas lus « à la chinoise », ils les ont lus selon leur propre grille interprétative jusqu’à y découvrir des traces du message chrétien. En traduisant selon cette grille ils ont donc inventé d’autres textes qui parlaient davantage de leur lecture que du message confucéen.  Et ces nouveaux  textes, parfaitement adaptés aux habitudes de pensée de leurs destinataires occidentaux en devenaient plus lisibles, plus directement accessibles. En chemin, se perdait – ou était gommé – ce qu’une vision chinoise pouvait présenter de différent, et, se perdait aussi tout ce qui, dans la confrontation des différences, pouvait faire advenir de réflexion et de possibilité de questionnement des partis-pris respectifs….

On peut faire l’économie de l’exotisme en confrontant d’autres « traductions » : que dit comme différence le « non, peut-être ? » de Bruxelles et le « Oui sûrement » qui le traduit ? Ou le « Oui sans doute » ?
Et cela me ramène à la querelle Jullien / Billeter, car c’est bien de cela qu’il s’agit en dernière analyse : non pas d’incompétence mais de parti- pris !
Quand François Jullien tente de rester au plus près de ce que dit la langue-pensée chinoise, et se contente donc de proposer des pistes de lecture, Jean François Billeter, fort d’un universalisme humaniste qui lui souffle que tous les hommes sont semblables et peuvent donc exprimer leur pensées dans toutes les langues, est convaincu qu’il ne se perd rien dans la traduction lorsqu’on passe d’un « là bas » à un « ici ». 
Dans son dernier livre « Ce point obscur d’où tout a basculé » F. Jullien, page 57 le souligne

On traduit alors par ce qu’on attend, la traduction en paraît « élégante », « naturelle » mais l’écart disparaît …  

A la page 66, F. Jullien dit l’écart entre la causalité et le processus, entre « Pourquoi » et « Comment ».

La langue-pensée chinoise dit au mot à mot « par quoi ainsi » ce qui est généralement traduit par « Pourquoi », question que, justement la langue-pensée chinoise n’aborde pas, puisqu’elle ne pense pas la causalité comme elle ne pense pas le commencement, … et combien d’autres « écarts » que des partis-pris de traduction ne nous laissaient même pas soupçonner …

François Jullien  Eds. De L’Observatoire 24/03/2021 EAN 979-1032917633 ISBN 1032917636

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Author: PaulJorion.com

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