L’Éthiopie face aux démons de la contestation : Des leaders de l’opposition accusés de terrorisme

L’Ethiopie a annoncé hier des poursuites contre plusieurs leaders de l’opposition, notamment pour terrorisme et incitation à la violence, rapporte l’AFP. Les accusations, sont liées aux violences qui ont éclaté après le meurtre, fin juin, de Hachalu Hundessa, un chanteur populaire oromo connu pour donner une voix à cette communauté.
Dans les jours qui ont suivi, entre 178 et 239 personnes ont trouvé la mort au cours de violences interethniques ou des forces de l’ordre. Parmi les leaders poursuivis, il y a Jawar Mohammed et Bekele Gerba, membres du parti Congrès Fédéral Oromo. Ils font partie des quelque 9000 personnes prises dans les violences et les arrestations de masse. Au total, le bureau du procureur général a annoncé hier, via une publication sur Facebook, des poursuites contre 24 personnes.
Parmi les autres suspects, figurent plusieurs figures critiques du Premier ministre Abiy Ahmed, vivant à l’étranger, tel l’activiste Tesgaye Regassa et l’ancien allié du Premier ministre Berhanemeskel Abebe.
Le communiqué du procureur général n’a pas donné de détails sur les accusations. Les nationalistes oromo, tel Jawar Mohammed, considèrent que le Premier ministre n’a pas assez fait pour répondre à la marginalisation politique et économique dont ils estiment souffrir. Les poursuites judiciaires contre J. Mohammed risquent d’alimenter les violences à Addis- Abeba et en Oromia, la région la plus peuplée du pays où se trouve la capitale de l’Ethiopie. Le mois dernier, les forces de sécurité ont tué au moins 5 personnes au cours de manifestations contre la détention de Jawar Mohammed.
Ce dernier et Bekele Gerba devraient être présentés devant un tribunal demain. Abiy Ahmed est le premier chef de gouvernement éthiopien issu du principal groupe ethnique du pays, les Oromo. De leur côté, les organisations de défense des droits ont accusé les forces armées d’avoir, sous Abiy Ahmed, adopté une attitude répressive en Oromia, dans le cadre notamment de la lutte contre l’Armée de libération oromo (OLA), un groupe armé accusé d’assassinats, d’attentats, de braquages de banques et d’enlèvements.
D’autres régions du pays sont entre temps en ébullition
Au Tigré, les leaders de cette région du Nord ont rejeté le décision du Parlement de prolonger le mandat des élus nationaux et régionaux au-delà de son échéance, début octobre, à la suite du report, pour cause de coronavirus, des scrutins prévus en août. Les leaders tigréens se plaignent d’avoir depuis été injustement ciblés dans des enquêtes anticorruption, tenus à l’écart des postes clés et accusés d’être responsables de tous les maux du pays. Le Front de libération des peuples du Tigré (TPLF), le parti au pouvoir dans cette région qui a mené la lutte armée contre le régime communiste jusqu’à sa chute en 1991 est officiellement passé dans l’opposition l’année dernière, lorsqu’il a refusé la fusion de la coalition au pouvoir en un seul et même parti, le Parti de la prospérité.
Au Sud, les groupes ethniques formant la très diverse Région des nations, des nationalités et des peuples du Sud (SNNPR) s’opposent également au Premier ministre dans leurs revendications pour plus d’autonomie. Au début des années 1990, l’Ethiopie a été divisée en neuf régions et en deux Etats administratifs, dans le cadre d’un système fédéral destiné à permettre une gestion autonome des groupes ethniques. Mais une dizaine de groupes du sud du pays ont réclamé de former leur propre région, une revendication permise par la Constitution.
Ainsi, les Sidama ont massivement soutenu la création de leur nouvelle région, qui deviendrait la dixième du pays, lors d’un référendum en novembre. Récemment, la population de la zone Wolaita veut imiter les Sidama, mais n’a pas encore organisé de référendum. En août, au moins 17 personnes y ont été tuées après des manifestations déclenchées par l’arrestation d’un leader politique wolaita.
Située en Afrique orientale, l’Ethiopie est libérée en 1941 par les troupes alliées et retrouve ainsi son indépendance (traité avec la Grande-Bretagne le 31 janvier 1942) et proclame dès 1945 ses droits sur l’Erythrée et la Somalie italienne est gouvernée par l’empereur Haïlé Sélassié.
Il y règne jusqu’en 1974. Il est déposé par le lieutenant-colonel Mengistu Hailé Mariam. L’effondrement du régime, en 1991, ouvre la voie des initiatives en faveur de la démocratie. L’indépendance de l’Erythrée en 1993. Mais le nouveau régime se heurte à différents mouvements d’opposition, comme le Front de libération oromo (FLO) et l’Organisation populaire panamhara (OPPA), qui accusent les Tigréens de monopoliser le pouvoir. Les formations hostiles au régime, en particulier le FLO, boycottent les élections de 1994 à l’Assemblée constituante et les législatives de 1995, remportées haut la main par le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE).
Ce dernier est formé de quatre organisations : le FPLT, noyau du parti, l’Organisation démocratique du peuple oromo (ODPO), le Mouvement démocratique national amhara (MDNA) et le Mouvement démocratique des peuples du sud de l’Ethiopie (MDPSE).
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Author: ElWatan.com

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