Crainte généralisée d’un prochain rendez-vous électoral en Tunisie : La chance du côté du nouveau gouvernement de Mechichi

Le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le nahdhaoui Rached Ghannouchi, ne cesse de rappeler, à qui veut l’entendre, que les islamistes refusent l’idée d’un gouvernement de compétences nationales indépendantes.
Néanmoins, il semble que les dés sont jetés. Mechichi s’attache à son gouvernement de compétences indépendantes. Il suit, à la lettre, les consignes du président Saïed, à qui la liste officielle sera présentée d’ici demain soir. L’ARP dispose de 10 jours pour lui accorder sa confiance.
L’intérêt public n’est plus focalisé, cette fois, sur le conseil de la choura du parti islamiste, Ennahdha, qui détenait auparavant la décision concernant les dernières retouches du gouvernement et le quota qui leur est alloué. Cette fois, il n’y a que deux choix nets et clairs. Soit, accepter le gouvernement de compétences indépendantes de Mechichi ; soit, essayer de le contrer à l’ARP.
Mais, les islamistes ne sont pas sûrs de le faire chuter, vu qu’il dispose, apparemment, de la majorité des 109 voix nécessaires pour passer, surtout s’il s’affirme que le bloc démocratique (Courant démocratique et Chaab – 38 députés) lui accorde sa confiance. En effet, Qalb Tounes (27 députés), le Parti destourien libre (PDL – 17), les réformistes (16), les blocs nationaliste (12), Tahya Tounes (10) et l’Avenir (9) ont déjà exprimé leur soutien à cette option d’indépendants.
Les voix d’Ennahdha serviraient d’extra pour obtenir une grande ceinture partisane.
Depuis sa nomination, il y a quatre semaines, Mechichi a réussi, en silence, à faire taire les spéculations. Son discours est simple et clair. Au lieu de se chamailler sur la répartition des quotas entre les partis de la majorité, il est beaucoup plus facile de s’entendre sur un programme et des priorités, puisqu’il y a entente sur le diagnostic.
Il s’agit d’une opération de sauvetage, et le vote de l’ARP concerne le programme du gouvernement, pas les noms des ministres, ne cessent de répéter les cercles proches de Hichem Mechichi. Lequel discours est devenu, de plus en plus, audible chez les partis idéologiques, notamment les islamistes d’Ennahdha et Karama, ainsi que les nationalistes de Chaab.
Et ce qui les incline, le plus, à accepter, c’est que ces partis ne sont pas vraiment prêts pour retourner aux urnes, en laissant le pays, pendant six à neuf mois, entre les mains d’un gouvernement de gestion des affaires courantes. Les derniers sondages ne leur sont pas favorables. C’est plutôt le PDL de Abir Moussi qui est loin devant.
Choix
Hichem Mechichi a fait passer 57 noms à travers le spectre de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc). Il s’agit des personnalités parmi lesquelles l’équipe gouvernementale sera choisie. Comme le nominé lui-même, ce sont de hauts cadres de l’administration publique, ayant assuré les fonctions de chefs de cabinet ministériel, ou de directeurs d’administration centrale.
Ce sont, généralement, des piliers de l’administration publique. Quelques ministres seraient repêchés du gouvernement Fakhfakh. Les fuites parlent du ministre de la Défense, Imed Hazgui, qui passerait à l’Intérieur et Collectivités locales. La ministre de la Justice, Thouraya Jeribi, pourrait garder son poste, alors que Asma Sehiri, l’actuelle ministre de la Femme et porte-parole du gouvernement, pourrait changer de porte-feuille. Mme Sehiri était, avant son entrée au gouvernement Fakhfakh, directrice générale de l’Ecole nationale d’administration (ENA), l’école par laquelle est passée la majorité de ces compétences indépendantes.
Par ailleurs, il se confirme, de plus en plus, que la présidence de la République est impliquée dans le choix des noms, surtout pour s’assurer de leur indépendance politique et de leur éloignement des réseaux d’intérêts.
Le président Saïed ne veut pas refaire l’erreur commise avec Fakhfakh. Mais, à l’image du cabinet présidentiel, l’entourage du président de la République est surtout formé de personnalités indépendantes. Si le gouvernement Mechichi passe, le président Saïed parviendrait à damer le pion à Ennahdha en exploitant, à merveille, les ficelles d’un régime politique, bicéphale certes, mais plutôt parlementaire.
Tunis
De notre correspondant Mourad Sellami
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Author: ElWatan.com

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