Le pays de Ho Chi Minh peu touché par la pandémie : Comment le Vietnam a vaincu le coronavirus

A près avoir vaillamment résisté face à la pandémie, enregistrant à peine quelques centaines de contaminations et zéro décès de la Covid-19 depuis le déclenchement de la catastrophe sanitaire, le Vietnam commence à comptabiliser ses tout premiers morts du coronavirus.
Vendredi 31 juillet, le pays a déploré deux décès à Da Nang, importante ville touristique qui est devenue en quelques jours l’épicentre de l’épidémie au pays de Hô Chi Minh.
Le samedi 1er août, un troisième décès a été signalé dans la même ville, «une femme de 68 ans qui avait un cancer du sang», rapporte le site d’information vietnamien VnExpress (https://e.vnexpress.net/).
Le même média précise que les deux personnes décédées vendredi à Da Nang sont «deux hommes âgés de 70 et 61 ans, également avec des comorbidités». «18 autres patients, tous âgés et atteints de maladies chroniques, sont dans un état critique, selon le ministère de la Santé», ajoute la même source.
Et de souligner : «Samedi matin (au 1er août, ndlr), le Vietnam a enregistré 558 cas de Covid-19, dont 182 patients actifs après que 373 se soient rétablis». A noter que ce bilan couvre l’ensemble de la période de propagation de l’épidémie, et ce, depuis les premiers cas détectés en janvier chez ce voisin du géant chinois.
Ces premiers décès sont un «événement» tant les pertes humaines dues au corona sont rares au Vietnam. Elles ont mis naturellement le pays en état d’alerte, surtout quand on sait que Hanoï a toujours réagi avec fermeté au moindre cas suspect.
Longtemps, en effet, ce pays du sud-est asiatique qui compte plus de 97 millions d’habitants pour une superficie de 331 000 kilomètres carrés, et qui partage une frontière de plus de 1300 km avec la Chine, a su endiguer la pandémie, mettant au point une stratégie anti-Covid extrêmement efficace avec des moyens limités quand toutes les grandes puissances et des pays aux systèmes de santé beaucoup mieux équipés, peinent à juguler le fléau.
«99 jours consécutifs sans nouvelle infection»
Le pays natal de Marguerite Duras s’est même enorgueilli d’avoir passé près de 100 jours sans enregistrer la moindre contamination déclarée. «Selon le Comité national de prévention et de lutte contre la Covid-19, du 16 avril au 24 juillet à 06h00, il n’a été signalé aucun nouveau cas d’infection intracommunautaire» écrit Le Courrier du Vietnam. «Le Vietnam passe 99 jours consécutifs sans nouvelles infections communautaires», se réjouit de son côté le site Vietnam Plus (vietnamplus.vn) .
Ce succès a été largement répercuté par la presse internationale qui l’a vite surnommé «le pays au zéro mort» en s’interrogeant sur le secret d’une telle réussite face au virus dévastateur. Nous rappelons que c’était avant les premiers décès signalés en cette fin juillet.
Cette étonnante «immunité» s’est donc fâcheusement rompue lorsque plusieurs contaminations se sont produites dans la station balnéaire de Da Nang, au bord de la Mer de Chine. «Le virus est réapparu le week-end dernier (le samedi 25 juillet, ndlr) à Da Nang, une station balnéaire très touristique du centre du pays. Un homme de 57 ans a été testé positif et l’origine de sa contamination reste inconnue pour le moment.
Depuis, l’épidémie s’est propagée dans plusieurs villes, dont Hanoï et Ho Chi Minh-Ville», rapporte l’AFP. «En une semaine, quelque 150 nouveaux malades ont été répertoriés dans l’ensemble du Vietnam, dont 82 pour la seule journée de vendredi, un record quotidien depuis le début de cette crise sanitaire, ont fait savoir les autorités», ajoute l’agence de presse française.
L’AFP indique qu’un hôpital de campagne a immédiatement été installé dans la région, et «quelque 21 000 habitants de la capitale (Hanoï, ndlr) qui ont récemment séjourné dans la station balnéaire ont été soumis à des tests». En outre, «la majorité des 1,1 million d’habitants de Da Nang sont pour leur part invités à ne quitter leur domicile qu’en cas de nécessité absolue et les liaisons pour rejoindre la ville ont été interrompues».
On apprend d’un autre côté que dès que ce nouveau foyer est apparu le 25 juillet à Da Nang, les autorités ont procédé à une évacuation d’urgence de milliers de personnes. «Au Vietnam, 80 000 touristes, essentiellement des locaux, sont actuellement évacués de Da Nang où une dizaine de nouveaux cas positifs à la Covid-19 ont été découverts depuis le 25 juillet», indiquait RFI le lundi 27 juillet. Après cette opération, le Vietnam a décidé de suspendre pour 15 jours les liaisons aériennes avec Da Nang. Les trains et les bus à destination de la région ont été également suspendus.
430 000 personnes dépistées
Voilà qui donne un aperçu de la «méthode vietnamienne». Autre exemple édifiant : cette «annonce d’urgence» lancée par le ministère de la Santé vietnamien le 26 juillet «pour rechercher les personnes ayant été présentes le 18 juillet, entre 10h30 et 12h30, au palais des mariages For You Palace, à Dà Nang, où un homme contaminé par le nouveau coronavirus avait participé à un événement».
Le Courrier du Vietnam qui a relayé cet appel ajoute : «Le ministère de la Santé demande à toutes les personnes qui s’étaient rendues à For You Palace pendant la durée sus-mentionnée, de contacter immédiatement les établissements médicaux locaux pour obtenir des conseils, et d’appeler au numéro (…) pour fournir des informations sur leurs contacts étroits. Il leur faut aussi s’isoler à domicile et effectuer régulièrement des déclarations sur leur état de santé en ligne».
Le traçage des personnes contacts aura été ainsi l’une des clés de la réussite du plan vietnamien de lutte anti-Covid. L’OMS a d’ailleurs salué avec enthousiasme le système de surveillance érigé par les épigones du général Giap pour traquer le virus et «la rapidité avec laquelle Hanoï réagissait pour tenter de contrôler l’épidémie».
D’après l’AFP, le Vietnam a appliqué dès le début «une politique stricte de quarantaine, et des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées dans des camps gardés par l’armée aux quatre coins du pays». «Les autorités ont aussi mis en place un rigoureux suivi des personnes infectées en s’appuyant sur les réseaux utilisés depuis des décennies par le régime communiste pour relayer l’action du parti dans les quartiers», affirme la même source. Et de préciser : «430 000 personnes ont été dépistées depuis le début de la crise grâce à un test virologique, a fait savoir le ministère de la Santé».
«à faire pâlir d’envie les riches France, Italie, états-Unis…»
Malgré les premiers décès déclarés par Hanoï, le bilan du Vietnam reste peu inquiétant comparativement à l’écrasante majorité des autres pays, lui qui aura enregistré depuis le début de la pandémie l’équivalent de ce que nous comptabilisons en Algérie en une seule journée.
«Quel est ce pays au résultat à faire pâlir d’envie les riches France, Italie, Espagne, Grande-Bretagne ou Etats-Unis ? Le Vietnam», écrit le journaliste Sylvestre Huet dans son blog «Sciences» hébergé par Le Monde ( https://www.lemonde.fr/blog/huet/) .
Dans cet article publié le 15 juillet sous le titre : «Covid-19 : pourquoi zéro mort au Vietnam ?», le journaliste s’est attardé lui aussi sur les secrets de cette exception vietnamienne en se basant notamment sur une récente étude de la Johns Hopkins University.
L’étude signée Christina Potter a été publiée le 9 juillet dans la rubrique «OutbreakObservatory» (observatoire de l’épidémie) du site officiel du prestigieux centre de recherche américain Johns Hopkins Center for Health Security.
D’emblée, la gestion par Hanoï de la crise sanitaire y est qualifiée de «success story». La chercheuse parle d’une «action précoce et agressive», deux mots-clés qui expliquent, selon elle, le succès de la politique suivie par cet État communiste.
«Les premiers cas de Covid-19 au Vietnam ont été signalés le 23 janvier – un fils et son père venus de Chine» rappelle Christina Potter avant de décrypter les derniers bilans vietnamiens. «Ces faibles chiffres sont particulièrement impressionnants», s’incline l’auteure. «Le Vietnam compte 97 millions d’habitants et est considéré comme un pays à revenu faible ou intermédiaire avec une capacité de soins de santé limitée par rapport aux autres pays de la région», fait-elle remarquer.
Analysant la stratégie de riposte mise en œuvre par Hanoï, la chercheuse insiste sur le fait que le Vietnam a su se servir de son expérience dans la gestion des épidémies précédentes qui ont frappé le pays. «Par exemple, lors de la réponse au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2003, le Vietnam a donné la priorité à la santé de la population plutôt qu’aux préoccupations concernant l’impact économique de sa réponse.
Les responsables ont déployé une réponse multisectorielle intégrant l’armée, les services de sécurité publique et les organisations locales, tout en veillant à ce qu’une communication transparente sur les risques et une mobilisation communautaire efficace soient privilégiées tout au long de l’épidémie. Ces leçons ont certainement été intégrées dans sa stratégie actuelle», estime cette étude.
Traçage massif des personnes contacts
Passant en revue les mesures d’urgence qui ont été prises pour contrer l’épidémie, Christina Potter note : «Le Vietnam a commencé à se préparer sérieusement à l’épidémie alors que les cas de Covid-19 augmentaient chez son voisin, la Chine. Le dépistage de la Covid-19 parmi les passagers des aéroports a commencé le 11 janvier 2020 – le lendemain du premier décès enregistré en Chine – et la mise en quarantaine obligatoire à l’arrivée pour les passagers des zones à haut risque a été rapidement imposée».
Et de poursuivre : «Les écoles ont été fermées le même mois. Un plan national de réponse et un comité directeur national pour la prévention des épidémies ont été mis en place avant la fin du mois de janvier. En février et mars, les restrictions de voyage sont devenues encore plus strictes. Les vols vers la Chine et d’autres pays à haut risque,ont été suspendus. (…) Fin mars, le pays a suspendu l’entrée de toutes les arrivées internationales étrangères.
Les dirigeants ont décrété un confinement national pendant les trois premières semaines d’avril avec suspension des activités des entreprises non essentielles. Mais des confinements locaux ont été observés dès la mi-février. Une communauté rurale de 10 000 personnes a ainsi été soumise à un confinement de 20 jours après que sept cas y ont été signalés».
La même étude souligne, par ailleurs, les retombées positives des dépistages et de l’isolement des cas suspects. «Alors que les tests initiaux étaient limités aux personnes symptomatiques (…), la capacité de test a été rapidement augmentée afin de tester d’autres groupes». «Désormais, toutes les personnes placées en quarantaine sont testées à l’entrée et à la sortie de la quarantaine.
Les tests sont également effectués avec des personnes qui fréquentent des environnements à haut risque tels que les communautés des points chauds, les marchés de gros et les zones industrielles», énumère le document du centre de recherche américain. «A la fin du mois d’avril, la capacité de test s’était étendue pour permettre jusqu’à 27 000 échantillons traités par jour et près de 1000 personnes étaient testées pour chaque cas confirmé trouvé».
Pour Christina Potter, il ne fait aucun doute que «le traçage des personnes contacts et la mise en quarantaine connexe constituaient un élément central de la stratégie d’intervention du Vietnam».
Ce traçage des personnes contacts, insiste la chercheuse, a été une opération «de grande envergure, soutenue par 63 centres provinciaux de lutte contre la maladie, 700 centres de district et plus de 11 000 centres de santé communautaires». En outre, «des annonces concernant des sites d’exposition potentielle ont été publiées dans les journaux et diffusées à la télévision afin que les contacts potentiels sollicitent de manière proactive des tests et des soins».
Une démarche qui a visiblement porté ses fruits dans la mesure où «les contacts des cas confirmés ont été retrouvés et testés avec jusqu’à trois degrés de séparation», affirme cette étude en précisant que «les cas, les contacts, les contacts des contacts, et les contacts des contacts des contacts ont tous été identifiés et isolés autant que possible».
Communication virale
L’étude a également mis l’accent sur l’effort qui a été déployé en termes de com’ et les effets des campagnes de sensibilisation en vue de frapper l’imagination des Vietnamiens et d’obtenir leur adhésion à cette opération colossale et ses mesures contraignantes : «Les messages de masse sur les téléphones portables, les annonces par haut-parleurs, les affiches de rue, les publications dans la presse et les médias sociaux concernant la prévention, ont été utilisés tôt et souvent pour communiquer systématiquement sur les risques (liés au coronavirus).
Des sites internet et des hotlines dédiés à la communication sur les risques ont également été développés pour permettre aux citoyens de chercher activement des réponses à leurs questions. Une chanson désormais virale que l’on peut trouver sur Youtube a même été composée pour apprendre aux gens le lavage des mains.»
Et de conclure : «La communauté internationale devrait continuer à surveiller le Vietnam afin de tirer des leçons (de sa gestion de la crise), et d’évaluer leur application potentielle dans d’autres contextes, en particulier l’utilisation efficace de la traçabilité des contacts, des tests et de la communication relative aux risques de la pandémie».
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Author: ElWatan.com

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