Stéphane Pocrain : « L’objet de l’écologie populaire est de rendre justice aux subalternes »

Stéphane Pocrain s’exprime peu dans les médias. Pourtant, c’est un conseiller influent d’EELV. Dans une autre vie, il a eu une carrière médiatique, en étant notamment chroniqueur dans l’émission On a tout essayé de Laurent Ruquier, et même… candidat à la présidentielle en 2007. Aujourd’hui, il met cette expérience à profit en conseillant des leaders écologistes comme Julien Bayou, David Cormand ou encore Yannick Jadot. Sur le plan intellectuel, il est l’un des premiers à porter le terme d’écologie populaire au cours de sa carrière politique, un concept sur lequel nous revenons largement dans cet entretien, en plus d’aborder de nombreuses questions de constat et de perspectives politiques pour EELV et l’écologie politique en général.
LVSL : Avant de parler d’EELV, nous aimerions avoir votre avis sur la crise du coronavirus. En quoi cette situation est-elle pour vous liée à la question écologique, et comment l’écologie peut-elle y répondre ?
Stéphane Pocrain : Comment dire les choses ? Au commencement était la nature. Pour nous être affranchis de cette évidence et de l’impératif de protection du vivant qui aurait dû être premier, le modèle dominant de développement est rattrapé par des réalités indépassables : la vie est vulnérable et la fragilité de notre espèce avérée. L’engrenage révélé par cette pandémie doit frapper les esprits. La crise écologique favorise des virus zoonotiques qui font peser sur nos sociétés des menaces sanitaires aux conséquences économiques et sociales catastrophiques. Continuer à penser l’environnement, l’économie et le social comme des entités autonomes les unes des autres n’a donc aucun sens. C’est pourtant la pente naturelle de nos dirigeants. Sans une lutte politique et culturelle intense pour imposer de nouveaux paradigmes, l’idée d’un monde d’après pourrait bien être une chimère. Qu’on regarde les premières réponses apportées par le gouvernement français : la préoccupation écologique est déjà mise sous le boisseau au motif de la nécessaire relance économique. On a déjà vu le film : il ne s’agit pas d’un ajournement, mais bien d’un abandon. Toute sortie est définitive. Or, nous devrions au contraire nous appuyer sur le grand ralentissement engendré par la pandémie pour enfin engager la conversion écologique de notre économie. L’idée d’un green new deal est en souffrance au niveau européen. Les propositions de la commission, déjà très faibles, sont menacées.
Le risque, c’est que l’orthodoxie productiviste qui nous a mené où nous sommes, prétende nous sortir du gouffre qu’elle a elle-même creusé sous nos pieds. Il faut donc proposer une autre issue politique. Notre chance, s’il en existe une, réside dans le fait que les citoyennes et les citoyens que le gouvernement a voulu traiter en enfants auxquels on cache la vérité (sur l’épidémie, sur les risques, sur les masques, etc.) sont aujourd’hui interpellés par les questions qui conditionnent leur vie quotidienne : leur conscience politique est en éveil. Comment payer son loyer ? Comment faire face à la perte d’emploi ou à la baisse de revenus ? Mettre ou ne pas mettre son enfant à l’école ? Et ainsi de suite. S’ajoute à cela le fait que l’expérience du confinement a percuté nos habitudes et nos modes de vie, et que par conséquent, les angoisses intimes et les enjeux sociaux ne font plus qu’un. Être privé de ses proches amène à voir plus clairement que les enjeux politiques collectifs nous concernent dans tous les aspects de nos vies. Comme par ailleurs chacune et chacun a un avis sur la manière dont la crise a été gérée, c’est en partant des questions matérielles que se posent les gens que la pelote des causalités et des conséquences doit être déroulée. La question climatique nous invitait à partir du global pour revenir au local. La pandémie nous fait faire le chemin en sens inverse, en partant de nos vies confinées et de la violente crise sociale dont nous ne vivons que le début, pour remonter le fleuve vers sa source : l’impasse écologique de notre modèle de production qui saccage la planète et nous rend si vulnérables.
LVSL : Quelles conséquences en tirez-vous ?
SP : Les écologistes ne peuvent pas s’exempter du changement de perspective qu’ils demandent aux autres familles politiques. Et c’est d’ailleurs le sujet initial de notre entretien. Face à la commotion sociale qui touche notre pays, seule une écologie populaire, c’est-à-dire une écologie qui élargisse sa base sociale en défendant les préoccupations matérielles et morales des plus démunis fera sens. Les oreilles de notre peuple seront fermées si les oreilles écologistes n’entendent pas la demande de justice sociale qui monte. La crise du coronavirus a rendu visibles (on peut craindre que ce soit de manière éphémère) des populations subalternes, souvent des femmes, qui exercent des professions peu reconnues ou valorisées par la société : caissières, livreurs, personnel soignant, etc. La question de leur revalorisation salariale se pose. Les applaudissements aux fenêtres doivent trouver une traduction sonnante et trébuchante. D’autres subalternes, invisibles dans l’invisible, ont au contraire davantage encore quitté le devant de la scène sociale : je pense aux personnes qui vivent dans la rue, enfermées dehors et qui ont subi plus durement que les autres la violence de la crise sanitaire. On peut ajouter que les habitantes et habitants des quartiers populaires se sont vus stigmatisés comme étant de mauvais sujets (puisque c’est bien d’assujettissement dont il est question à leur propos) récalcitrants à l’effort collectif de confinement, sans que soit évoquée sérieusement la question de leur cadre de vie. Si la question de la transition écologique est plus que jamais déterminante, le mouvement qui la porte doit affirmer fortement qu’il est porteur d’un nouvel ordre social. L’objet de l’écologie populaire que je défends, est de rendre justice aux subalternes, en déconstruisant la hiérarchisation sociale qui les tient pour quantités négligeables, au même titre que la nature qui n’a pas de voix propre pour la défendre est tenue pour négligeable. De sanitaire, la crise est devenue sociale : la réponse des écologistes doit partir de cette réalité.
LVSL : Avec le mouvement des gilets jaunes, le thème de l’écologie populaire s’est largement imposé, surtout à gauche. La concordance du social et de l’écologie est actée, on sait que les pauvres sont à la fois les premiers touchés, les moins responsables et qu’ils payent le plus cher, relativement à leurs revenus, par exemple pour leur dépendance énergétique. Vous parlez d’écologie populaire depuis longtemps, qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?
SP : Pour commencer, je suis moins optimiste que vous. Ce que vous appelez la « concordance » de l’écologie et du social est loin d’être actée. Je dirais même que le sens commun postule le contraire. Pour deux raisons. La première c’est que nous n’avons pas réussi à produire un imaginaire qui libère la question de la redistribution de sa gangue productiviste. Pour le dire plus simplement, l’idée dominante, à droite et à gauche, c’est que pour partager il faut produire et que par conséquent plus on produira plus on aura à partager. Rien n’est plus faux, mais la conscience collective est empreinte de cette fausse évidence. Le second sujet, c’est que la question de l’égalité sociale ne se pose quasiment jamais en termes d’égalité face à l’environnement. Disjoindre justice sociale et justice environnementale demeure un réflexe largement partagé. C’est précisément ici que ce que j’ai nommé l’écologie populaire peut jouer un rôle déterminant en réunifiant les sujets environnementaux et sociaux.
Lorsque j’ai choisi de porter dans le débat interne des Verts le concept d’« écologie populaire », à la fin des années 90, je poursuivais plusieurs buts. À 25 ans, jeune et noir, j’étais porte-parole des Verts. Or, je voyais dans cette organisation très peu de gens avec la même couleur de peau que moi, ce qui me semblait être un problème pour un parti qui portait une idée qui, par essence universaliste, devait s’affranchir des contingences pigmentaires. Au-delà de la question raciale, l’absence de diversité sociale de notre base militante était criante.
Je voulais répondre à ces deux enjeux. Je sais qu’il est de coutume de séparer la question raciale de la question sociale, mais c’est ignorer les effets de la fiction raciale et son influence sur les hiérarchies sociales.
Avec l’écologie populaire, il s’agissait, premièrement, d’interpeller le parti des Verts sur son endogamie et sur le fait qu’il fonctionnait d’une manière qui interdisait de fait l’accès en son sein aux responsabilités politiques à des gens qui ne seraient pas issus des classes les plus favorisées de la société.
Mais parallèlement, comme j’ai moi-même grandi dans une cité, et que la manière dont je suis arrivé à l’écologie me semblait ne pas devoir rester une exception, il importait donc aussi d’envoyer un signal politique à des parties de la population non engagées dans le mouvement vert pour leur permettre de s’emparer de l’écologie. Je ne comprenais pas la raison pour laquelle l’écologie politique, dont le but était de sauver la planète et de transformer de manière profonde notre modèle de production, se tournait si peu vers les populations de quartiers populaires.
En m’inspirant de « l’écologisme des pauvres, » expression qui venait du Brésil, j’importe l’expression « écologie populaire » dans le débat politique des Verts, avec Marie-Christine Blandin, ancienne présidente du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais.
Mon inspiration d’alors, c’est la théologie de la libération, qui dit en substance que ce n’est pas nous qui enseignons l’Évangile aux pauvres, mais que ce sont les pauvres qui nous enseignent l’Évangile. Influencé par le catholicisme social de ma famille, j’étais devenu écologiste avec cette conviction-là. Je dois convenir que cet imaginaire politique n’était pas courant dans les représentations écologistes alors dominantes.
Mais en portant l’écologie populaire, c’est bien une écologie de libération que j’avais en tête pour permettre aux plus pauvres de se réapproprier le contrôle de leur environnement et de leurs ressources vitales.
Je n’ignorais pas qu’en Europe, l’écologie pouvait sembler être portée essentiellement par les classes moyennes et les classes supérieures. Mais ailleurs, les luttes concrètes écologistes étaient le plus souvent menées par des gens issus des classes très défavorisées. Si bien que « mon » écologie populaire vient du Sud. Beaucoup de mes références politiques viennent d’Amérique latine, de la Caraïbe, et du continent africain.
Stéphane Pocrain, photo © Vincent Plagniol pour Le Vent se LèveLVSL : À qui pensez-vous ?
SP : Parmi les personnes qui m’ont inspiré, il y a en premier lieu Chico Mendes, un syndicaliste agissant avec les ouvriers seringueiros qui récoltaient le latex sur les hévéas en Amazonie. C’est une figure qui défend du même mouvement les droits des travailleurs et le droit des peuples autochtones à voir leur cadre de vie protégé. Mais il y a aussi une autre figure, moins connue, mais qui est encore plus déterminante pour moi, c’est Ken Saro-Wiwa, militant, poète, intellectuel, pédagogue et activiste écologiste nigérian, assassiné en 1995. Il se bat à l’époque pour les droits du peuple Ogoni en affrontant la multinationale Shell. C’est ainsi que lorsque je deviens écologiste, c’est en pensant qu’il n’y a pas d’issue à la crise écologique du monde sans remise en question de l’ordre établi au profit des classes les plus défavorisées. Angela Davis est aussi une figure qui a beaucoup compté à mes yeux, notamment parce qu’elle articule les notions de race, de classe et de genre dans une logique émancipatrice. Mes parents m’ont initié à sa pensée en me donnant accès à ses écrits très tôt. Cette influence a été majeure, notamment parce qu’elle faisait écho directement à la vie de ma mère, femme, noire, et issue des catégories populaires qui, aujourd’hui encore, aime à répéter : « je marcherai toujours le poing levé. »
Le dernier élément dont provient l’écologie populaire, ce sont tous les mouvements pour la justice environnementale nés aux États-Unis, là encore dans les quartiers les plus pauvres, animés par des noirs ou des latinos. Ces luttes, souvent menées par des femmes qui se battaient pour la santé de leurs enfants, ont montré de manière évidente que les premières victimes de l’environnement dégradé et notamment du fait qu’on déverse des produits toxiques à proximité des habitations, étaient des gens qui avaient en commun d’être laissés au ban de la société parce que pauvres, travailleurs précaires noirs, ou latinos.
Voilà les origines de l’écologie populaire que je défends. C’est une écologie qui refuse à la fois le devenir subalterne de la nature et la condition subalterne des dominé-e-s. Cela passe forcément par une déconstruction des multiples rapports de domination dans la société, à commencer par la domination sociale, liée au revenu ou à l’absence de revenu. Pour protéger le vivant, l’écologie doit aussi subvertir l’ordre social en refusant le fait qu’une minorité s’accapare les richesses tandis que la grande majorité souffre de cet accaparement.
LVSL : Et du coup que propose EELV pour aller dans cette direction ?
SP : Nul ne peut se dire propriétaire de l’écologie populaire, parce que précisément c’est un mouvement qui doit partir d’en bas. On a besoin de la naissance de mouvements pour la justice environnementale, qui fassent le lien entre les questions sociales, les discriminations raciales, et les enjeux environnementaux. Le droit à un environnement sain ne devrait pas être négociable : de plus en plus de militantes et de militants s’engagent sur ces enjeux dans les quartiers populaires. Et le mouvement des gilets jaunes a permis de remettre sur le devant de la scène le fait que les questions sociales et environnementales étaient liées. La chercheuse Magali Della Sudda qui conduit une étude sur ce mouvement y a décelé ce qu’elle appelle des « praxis d’écologie populaire. » Ici on ne parle pas d’une écologie hédoniste ou de confort, mais d’abord d’une écologie de subsistance qui vise à réduire les dépenses contraintes en produisant ce que l’on consomme. On est loin de la vision simpliste d’un mouvement anti-écologique. Mais interrogés sur leurs pratiques, les gilets jaunes ne s’affilient pas à l’écologie. Pourquoi ? Je ne suis pas membre d’EELV, mais je pense que ce parti doit approfondir cette question, au moment où il se pose des questions sur sa stratégie politique. L’écologie populaire n’est certes pas un fétiche qui garantirait le succès. Mais, pour moi c’est la seule possibilité, en termes de conquête politique, électorale et intellectuelle, pour l’écologie de devenir un courant majoritaire dans le pays.
Même si à ce stade, l’écologie populaire demeure encore un terme imparfait et ambigu, pour désigner à la fois les classes sociales que nous autres écologistes devons convaincre et le type de projet politique qu’il faut forger pour pouvoir le faire.
Très concrètement, l’écologie populaire demande d’être capable de parler à des couches sociales au sein desquelles la conscience écologique progresse, mais qui ont le sentiment que traditionnellement les écologistes ne s’adressent pas à eux : la population des quartiers de banlieue, les populations des zones rurales en voie de désertification, les populations de ce qu’on appelle parfois hâtivement la France périphérique, notamment. Si je devais donner ce que pourraient être les contours de cette alliance politique à construire, je dirais qu’EELV doit réunir les défenseurs de la nature, les défenseurs du cadre de vie et les défenseurs des droits civiques et sociaux.
Un des modèles que j’ai en tête, c’est un modèle caribéen qui est né il y a quelques années à l’occasion du mouvement Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP en français « Collectif contre l’exploitation outrancière ») fin 2008 en Guadeloupe. Je crois que le concept de « profitation » pourrait rassembler très largement des catégories de la population qui aujourd’hui avancent séparément. Un gilet jaune des ronds-points, une infirmière, un livreur Deliveroo, un chauffeur Uber ou une agricultrice en difficulté pourraient se reconnaître dans l’idée qu’ils sont exploités aujourd’hui par un système où ils ramassent les miettes de la distribution des fruits de la croissance. Mais s’en tenir à ce seul clivage serait inopérant. L’écologie politique pose une question supplémentaire : là où le mouvement ouvrier classique se battait pour une égale répartition des richesses, nous nous battons pour changer la manière dont sont produites ces richesses. L’exploitation de la nature et celle des humains n’est pas séparable. Et si on ne change pas la manière de produire, de vivre et de consommer, alors la crise écologique qui vient frappera certes tout le monde, mais frappera en premier lieu et plus durement les plus démunis, les plus fragiles, ceux qui justement n’ont pas les moyens financiers de se nourrir autrement, de se vêtir autrement et de changer leur manière de se déplacer. Selon moi, la crise des gilets jaunes, elle naît précisément de ce point de conscience : loin d’être un refus de la question écologique c’est au contraire un mouvement de frustration qui dit en substance : « nous on veut bien être écolo, on veut bien contribuer au fait de sauver la planète, mais pourquoi avoir fait des cadeaux fiscaux aux plus riches et nous obliger nous, alors qu’on a déjà des dépenses subies et contraintes, à choisir entre la fin du monde et la fin du mois ? » C’est ici que l’écologie populaire pourrait pleinement prendre son sens de mouvement émancipateur : il faut se libérer du règne de la marchandise et l’imaginaire de la surconsommation qui en découle pour défendre une autre société dont le pilier est ce que David Cormand appelle la sobriété juste. L’écologie populaire doit viser à une refondation écologique de l’ordre social fondée sur la modération et l’équité. Ce travail n’est pas l’apanage des seuls politiques : toutes celles et ceux qui fabriquent les imaginaires ou portent des alternatives doivent contribuer à rendre cette refondation possible.
LVSL : En France, les classes populaires, a fortiori ex-ouvrière / France périphérique, sont attachées à l’État. L’État c’est le service public, ce sont les prestations sociales, c’est la planification économique des Trente Glorieuses qui avaient amené le plein emploi. L’État est une protection contre les destructions entraînées par la globalisation et son bras armé, l’intégration européenne. Comment faire de l’écologie populaire sans parler de retour de l’État social ?
SP : Le rôle de l’État est considérable. Le recul organisé de la puissance publique a eu des effets dévastateurs. Mais il me semble que pour un écologiste, la question de l’État ne se pose pas exactement dans les termes où vous la posez parce que les destructions qui sont infligées à la planète, qu’elles viennent de l’État ou du marché, sont tout aussi terribles. Prenons l’État auquel vous faisiez référence tout à l’heure, c’est-à-dire l’État français jacobin, centralisateur : s’il décide de mettre en place la planification nucléaire du pays, d’un point de vue écologique c’est pour nous une véritable catastrophe. L’écologie c’est qu’il n’y a pas d’absolu de l’État, on a souvent été obligés de se mobiliser contre l’État pour de grands projets inutiles (barrage de Sivens, aéroport de Notre-Dame-des-Landes) et pour autant nous sommes très attachés à l’idée d’État, à l’idée d’une puissance publique qui agit pour garantir les droits sociaux de chacun, les libertés publiques, la protection du vivant, etc. Lorsque nous nous battons pour modifier les règles juridiques, nous pensons que les lois et les normes font sens, et nous ne sommes aucunement naïfs quant à l’idée que le renard libre dans le poulailler libre pourrait améliorer la condition des poules. L’écologie politique et l’écologie populaire en particulier demandent à ce qu’on réinvente les termes de l’action publique et je fais partie de ceux qui plaident pour un retour de l’État parce qu’on en a besoin pour garantir les communs. En revanche, et c’est là où nous divergeons de votre tradition politique, nous ne pensons pas que l’État doive ou puisse avoir le monopole de l’action publique, nous pensons que tout ce qui relève du tiers secteur, qui n’est ni l’État ni le marché, par exemple le secteur associatif ou syndical, peut jouer un rôle important lorsqu’il s’agit de défendre les droits sociaux.
LVSL : Est-ce que pour vous, plaider pour un retour de l’État social, qui est une condition nécessaire, mais pas suffisante, ce n’est pas un point faible aujourd’hui pour EELV qui tire sa tradition politique du diptyque local/global ? Et par conséquent, le constat que vous faites est-il compatible avec un discours européiste d’une part et avec le discours de Yannick Jadot qui n’est pas fondamentalement hostile aux alliances avec les libéraux, d’autre part ?
SP : De deux choses l’une. Premièrement, il ne faut pas confondre l’État et la Nation. L’État-nation c’est un moment historique, c’est une invention qui correspond à une période donnée et les écologistes doivent se positionner sur les deux questions : nous devons à la fois répondre à la question de la demande d’État et avoir une réponse politique forte sur la question de la Nation. Mais il n’est pas dit que l’État-nation au sens le plus classique du terme soit la forme la plus efficace pour garantir la survie de l’humanité sur la planète.
Un certain nombre de décisions doivent bien évidemment relever non seulement de l’international, mais décidément du supranational. Quand l’on voit Jair Bolsonaro se revendiquer de la souveraineté brésilienne pour ne rien faire pour la forêt amazonienne on croit rêver, donc il y a bien des moments où d’une certaine manière l’écologie doit amener à repenser les termes mêmes dans lesquels on pense la souveraineté politique. C’est vrai à la fois par le haut, mais aussi par le bas, les forces écologistes de l’écologie populaire dont je parlais tout à l’heure qui se mobilisent contre les grands projets extractivistes peuvent affronter des multinationales qui font fi des intérêts locaux. L’écologie est donc traversée par des questions plus complexes qu’on ne le croit et il ne suffit pas de dire « penser local, agir global » ou « penser global, agir local » pour épuiser la question que vous posez. Je pense qu’il faut se battre pour une « souveraineté augmentée » : en faisant de la question des communs planétaires une question clef, on est obligé de s’émanciper du seul cadre de l’État-nation pour épouser la dimension cosmopolitique de l’écologie.
Concernant la deuxième question, il me semble réducteur de dire que Yannick Jadot serait d’accord pour des alliances politiques avec des libéraux, et ce n’est pas davantage la stratégie d’EELV. En réalité, il est absolument essentiel pour que l’écologie politique continue à se développer, qu’elle accepte de se situer dans un espace qui est au-delà de la droite et de la gauche. Dire ça, ce n’est pas nier l’histoire politique de ce pays, ce n’est pas davantage être ambigu ou ambidextre. Nous savons que les droites et les gauches existent, nous ne les confondons pas, mais nous disons que sans une importante et décisive rupture politique avec les dogmes nés du productivisme et portés en partage par les gauches et les droites anciennes, il n’y a pas d’avenir possible. En ce sens, il y a forcément une rupture avec les cosmogonies politiques telles qu’elles se sont installées durant le XXème siècle.
LVSL : Sauf que les cosmogonies politiques de ce que vous appelez l’ancienne gauche ont quand même bien changé entre temps. Nous aimerions bien avoir votre avis là-dessus : les évolutions profondes de la grille de lecture des insoumis, qui est d’intégrer l’écologie très profondément au sein d’une doctrine écosocialiste, ou même des communistes d’aujourd’hui, qui ne sont plus productivistes comme il y a 20 ans. Vous pensez qu’elles ne sont pas sincères ?
SP : Heureusement les choses bougent. Mais la cristallisation n’est pas encore opérée et les gauches sont malheureusement moins en évolution que vous ne l’affirmez.
Le risque d’involution est même important : on voit repoindre avec le coronavirus le spectre du redressement productif. Cette idée me semble dangereuse si on ne la soumet pas à l’idée du redressement écologique. Il faut changer de paradigme. Cesser de considérer l’écologie comme une question seconde. Et ce n’est pas gagné.
Prenons une idée simple et primordiale, celle d’accorder des droits à la nature. Elle défie encore l’entendement de bien des responsables de gauche qui pensent que l’homme est la mesure de toute chose et ne comprennent rien à l’unité du vivant. Mais il ne m’appartient pas de juger de la sincérité des uns et des autres et je n’ai aucune raison de croire que les militants de la FI ou du PCF seraient coupés du reste de la société et donc n’auraient pas sincèrement une prise de conscience écologique. À bien des égards leurs combats et leurs apports sont précieux. La question est de savoir ce qui est cardinal, ce qui guide l’action politique. Il m’arrive souvent en discutant avec des militants de la FI qu’ils nous interpellent en nous disant que l’écologie est importante, mais qu’il ne faut pas oublier pas le social.
En réalité ces interpellations montrent qu’ils n’ont pas encore compris le lien indissoluble entre la question sociale et la question environnementale. Il faut quitter une lecture trop occidentale des choses : un peu partout sur la planète quelqu’un qui n’a pas accès à l’eau potable, est-il confronté à une question sociale ou à une question environnementale ? Il est confronté aux deux questions d’un même tenant. La question de l’accès aux ressources, de qui contrôle cet accès, demeure fondamentale dans le nouvel âge du capitalisme. On nous parle de la montée d’un capitalisme de plateforme. Mais le moteur même de ce capitalisme de plateforme, la révolution numérique, alors qu’on nous l’a vendu éco-compatible parce que dématérialisée, est au contraire extrêmement violente pour l’environnement. Le fait est que le capitalisme de plateforme a besoin d’outils de connexion comme nos smartphones, qui nécessitent l’utilisation de matières premières rares. Par exemple, l’exploitation du Coltan qui détruit les écosystèmes du Kivu est au cœur de la guerre en RDC et des tensions régionales. C’est une question géopolitique de première importance. L’impact environnemental des smartphones est assurément majeur. Mais que dire de leur impact social ? l’extraction qui détruit la nature est aussi celle qui entraîne le travail des enfants. On ne peut pas séparer réellement la question des dégâts faits à la nature et la question des atteintes portées à l’espèce humaine. Penser que tout se vend et que tout s’achète est une impasse morale et civilisationnelle dont nous devons sortir. Pour moi, l’écologie est précisément un refus du devenir marchandise de la nature et des humains.  Elle doit donc s’élever contre les dominations et refuser l’obsolescence programmée des droits humains.
Vous savez, je suis caribéen, et la question de l’esclavage en particulier et des dominations en général, constitue une matrice à partir de laquelle penser l’espace politique. La cale négrière est l’une des scènes primitives de notre modernité. Son spectre hante encore nos sociétés. Souvenons-nous que le code noir stipule que l’esclave est un bien-meuble. Il est chosifié, il n’a pas de droit. De manière plus large encore, le système esclavagiste réduit le nègre à son animalité supposée. Meuble ou animal il n’a pas davantage de droit que la terre qu’il doit travailler pour son maître. Sa fuite, son marronnage, c’est une échappée du système plantationnaire vers la nature ou il trouve refuge. Le marronnage, c’est au sens propre du terme un retour à la nature, une possibilité d’alliance libératrice entre la terre et celles et ceux qui la travaillent. Pour qui se réclame d’une écologie de la libération, le social et l’environnement constituent une réalité conjointe qu’il est problématique de  saucissonner si on veut la transformer. Spoliation des populations autochtones, accaparement des ressources, destruction des écosystèmes, exploitation des travailleuses et des travailleurs, s’enchaînent en un même processus. Ce que Malcom Ferdinand, qui a écrit un livre qui s’appelle Une écologie décoloniale, appelle le plantaniocène est assez éclairant de ce point de vue là. Au risque de me répéter, il est évident que c’est le même système qui domine et écrase les femmes et les hommes et qui pille la planète. Prisonnière du productivisme, la gauche a trop longtemps ignoré la critique écologique du capitalisme qui lui semblait être périphérique, alors qu’elle est centrale.
Stéphane Pocrain, photo © Vincent Plagniol pour Le Vent se LèveLVSL : On peut vous rétorquer que l’on peut rencontrer des militants écologistes qui eux n’ont pas compris l’extrême importance des questions sociales, et par ailleurs on peut aussi regarder le travail programmatique qui a notamment été fait en 2017 par Jean-Luc Mélenchon et qui intègre complètement les deux à travers une grille de lecture cohérente : la planification écologique, etc. Quand on écoute par exemple Julien Bayou dans Le Figaro avant le premier tour des municipales, il répète cette idée que voter pour l’écologie c’est voter EELV. Est-ce que vous êtes à l’aise avec le fait que vous faites en quelque sorte une OPA sur ce sujet ?
SP : Je ne connais pas d’écologiste conséquent qui ne porte les préoccupations sociales au plus haut. Sur le reste, quand d’autres récusaient que l’écologie soit un courant politique existant en tant que tel, nous avons porté sur les fonts baptismaux toutes les idées qui aujourd’hui infusent le débat politique en matière d’écologie. L’idée n’est donc pas de savoir si nous faisons une OPA sur l’écologie ou pas. Accuser les écologistes de faire une OPA sur l’écologie est cocasse non ? En revanche, la question pourrait se poser à d’autres forces, venues d’autres traditions et qui ne sont peut-être pas allés assez loin dans leur conversion à l’écologie politique. Mais en réalité nul n’est propriétaire des idées. Il faut dire bienvenue à toutes celles et ceux qui aujourd’hui veulent se réclamer de la tradition écologiste, en demeurant vigilants sur les formes récurrentes de tentative de greenwashing que l’on a pu voir pendant les élections européennes ou municipales, et que l’on verra encore pour les élections à venir. Vous parliez de Julien Bayou. Il propose ce qu’il appelle le bloc de la transition, c’est-à-dire l’alliance de toutes celles et ceux qui font de la transition écologique de nos sociétés une priorité. Il y a loin de la coupe aux lèvres et le chemin sera compliqué. Mais d’ores et déjà, je trouve cela plus fécond que de s’obstiner à vouloir refonder la gauche. L’ idée est de déborder les partis pour embrasser plus largement et construire une dynamique populaire large avec les organisations associatives et les personnalités désireuses de se coaliser pour faire triompher ces idées. Pour avancer, il faut avoir la modestie d’apprendre des autres. Et vu la crise que nous vivons, j’ajoute que l’attention à la parole du monde syndical est primordiale.
LVSL : Les Verts ont toujours buté sur l’élection présidentielle, on peut émettre l’idée que ce serait parce qu’il n’y aurait pas eu assez d’appropriation de l’échelle nationale dont on parlait tout à l’heure. Quelle est votre stratégie pour devenir une force de gouvernement crédible pour une élection de ce type et quelles sont vos pistes de travail là-dessus ?
SP : Les enjeux stratégiques font encore débat. La question principale pour réussir une élection présidentielle, c’est de la prendre au sérieux, de réellement vouloir l’emporter. Nous sommes sortis d’une écologie de témoignage pour entrer dans le temps d’une écologie réellement portée par la crise des urgences écologiques, qui affirme non pas simplement son droit à être prise au sérieux, mais aussi son devoir de conduire les destinées du pays.
L’essentiel est de travailler sur le fond, en termes de proposition programmatique politique pour le pays. Cependant, le meilleur programme ne vaut rien s’il ne dit pas quelle stratégie d’alliance sociale peut lui permettre de se mettre en œuvre. Il est évident que la principale tâche de l’écologie politique aujourd’hui en France est d’élargir la base sociale qui adhère à ses idées pour construire la majorité électorale qui pourrait lui permettre de parvenir au pouvoir.
C’est en ce sens que les discussions que nous avons sur l’écologie populaire peuvent constituer une contribution décisive à la conquête du pouvoir par les écologistes. C’est une question qui relève du combat métapolitique en réalité. À côté du champ électoral, les écologistes doivent continuer à convertir le maximum d’esprits à la fois aux solutions que nous proposons, mais d’abord à la vision du monde nous portons, et celle-ci doit pouvoir s’incarner dans des éléments de la vie quotidienne des millions de Françaises et de Français qui auront à se prononcer pour l’élection du prochain président de la République. Nous devons faire la démonstration que notre programme politique n’est pas une purge que l’on viendrait administrer au pays, mais bien une manière pour les habitantes et les habitants de ce pays de voir leurs conditions de vie s’améliorer. C’est essentiel, parce que la prise de conscience de la catastrophe écologique en cours ne débouche pas mécaniquement vers des solutions solidaires : l’intuition salutaire de la collapsologie peut déboucher vers une régression survivaliste, ou chacune et chacun se claquemurerait en une espèce d’autoconfinement, en veillant uniquement à la satisfaction de ses seuls besoins. Face aux risques de sécession et de dislocation de la société, pour produire de la solidarité, il faut reproposer une perspective commune. Pour entrer en résonnance avec l’identité historique de notre nation, il me semble que porter l’idée d’une république écologique est important. Face aux périls nous devons fixer un cap clair. Il est possible aujourd’hui de mieux vivre pour des millions de personnes, en partageant différemment les richesses du pays et en protégeant les ressources naturelles et la planète. Le cœur du programme d’une présidence écologiste ce serait précisément cette double proposition : une vie meilleure pour toutes et tous et une planète protégée pour les générations futures.
LVSL : Juste après le premier tour des Municipales, marqué par une abstention historique expliquée par la peur du virus, un sondage Ifop a montré que l’électorat EELV est celui qui c’est le plus abstenu (60 %), devant l’électorat FI et RN. L’électorat de droite traditionnel et macroniste s’est lui proportionnellement beaucoup plus mobilisé. Cela n’a pas empêché les alliances vertes de faire de bons scores, mais cela les a handicapées. Quelles leçons tirez-vous de ces élections ?
SP : Vous m’excuserez de garder par-devers moi les fruits de mon analyse. (Rires). Mais pour ce que je peux en dire, indéniablement, on assiste à une poussée verte. L’affirmation peut être nuancée avec une approche territoriale plus fine, mais globalement la demande d’écologie est patente. Le vote écologiste est encore volatil, mais ce qui est certain c’est que la conscience écologique est solide. On ne saura jamais ce qu’auraient donné les élections sans le COVID-19. Il semblerait en effet que l’écologie en ait fait les frais. Pour autant, quand les élections iront à leur terme, je pense que les écologistes remporteront plusieurs villes importantes. Si des villes comme Poitiers, Besançon, Tours ou Lyon et sa métropole basculent, alors la démonstration sera faite que l’écologie politique est en train se s’ancrer dans les profondeurs du pays. Une fois ceci dit, j’ajoute que la faiblesse du macronisme est évidente : LREM apparaît sans attaches territoriales fortes. À l’inverse les Républicains et dans une certaine mesure le Parti Socialiste, qui disposaient de maires sortantes et sortants démontrent une stabilité qui illustre que ces formations vont continuer à peser sur les destinées politiques du pays. Pour autant, il me semble que le temps de la sociale-démocratie urbaine est en train de se refermer. Au niveau national comme au niveau local, le cycle d’Épinay est derrière nous. Il faut une synthèse politique nouvelle. Si les écologistes arrivent à ce que de nouvelles classes sociales s’emparent des enjeux environnementaux comme un moyen d’améliorer leurs conditions d’existences, alors l’écologie politique peut être la matrice d’une force majoritaire.
LVSL : Yannick Jadot évoquait récemment dans Le Parisien l’idée que certains candidats EELV ne seraient pas à la hauteur du potentiel électoral du parti et qu’in fine il s’attend à des scores moindres au fil de la campagne. C’est un peu la situation dans laquelle se trouvait le Front national il y a 6 ans, c’est-à-dire un parti avec peu de profils solides en comparaison de son fort potentiel électoral. Le parti est-il sous-dimensionné par rapport à ses ambitions ? Est-ce que vous manquez de dirigeants et de cadres ?
SP : Yannick Jadot n’a pas ménagé sa peine dans cette campagne. Sa crainte était que les écologistes ne sortent pas du complexe des minoritaires. Mais il ne pense pas cela, et je ne peux pas laisser dire que les candidates et les candidats écologistes n’ont pas le niveau. Ce sont au contraire des femmes et des hommes aguerris qui militent depuis longtemps et qui connaissent bien les mécanismes de décision et les enjeux d’une élection municipale.
Par contre si la question est de savoir si EELV est sous-dimensionné pour les tâches à accomplir, la réponse de manière évidente est oui. Une mutation forte, rapide et spectaculaire de l’outil EELV est absolument nécessaire. Il s’agit de passer d’un petit parti à une grande force militante, à un mouvement capable à la fois de mener la bataille culturelle, former de nouvelles générations de cadres, forger notre offre programmatique, attirer à nous des gens capables d’agir et d’opérer au sein de l’appareil d’État. Il n’y aura pas de grande dynamique écologiste dans les années qui viennent sans la construction de ce mouvement.
LVSL : Est-ce que vous regardez la série Baron noir ? Quel est votre personnage préféré ?
SP : Oui. J’ai regardé les trois saisons. La vision donnée de la politique est un peu triste parce qu’on a le sentiment que c’est un domaine où tous les coups sont permis et où le cynisme l’emporte toujours. Par ailleurs l’écologie politique est quasi absente de la série, tous comme les enjeux environnementaux. Mais j’ai en revanche une véritable admiration pour la manière dont le scénariste a su magistralement dépeindre la vie militante dans certaines scènes. Au fond, mon personnage préféré, c’est le scénariste de la série, Eric Benzekri. Son talent de plume était déjà évident quand il était encore engagé en politique. Son travail de showrunner est une vraie réussite. Il rend sensible le combat politique. Dans la saison 3, sans spoiler, un des personnages renonce à la vie politique. Son discours d’adieu sonne comme un hommage au militantisme. C’est idiot, mais ça m’a touché.
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Author: LVSL.fr

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