Coronavirus : les entreprises ont aussi un rôle à jouer

Professeur de santé au travail et chercheur dans le domaine de l’épidémiologie des risques professionnels et de l’urgence en milieu de travail, Alexis Descatha fait le point sur les enjeux de l’épidémie de COVID-19 due au coronarovirus SARS-CoV-2, pour les entreprises, et sur les mesures mises en place.

Les entreprises sont-elles préparées à ce genre de crise ?

Comme lors de précédentes crises sanitaires telles que celle causée par la grippe A (H1N1) de 2009 ou le SRAS de 2003, l’épidémie de COVID-19 soulève la question de la préparation et des mesures à prendre. Énergie, transport, système de santé… De nombreux secteurs sensibles risquent l’effondrement si les conséquences de l’épidémie ne sont pas correctement anticipées.

Pour éviter cela, de nombreuses entreprises ont déjà mis en place un plan de continuité de l’activité. C’est par exemple le cas des entreprises françaises ayant des filiales en Chine : elles ont d’ores et déjà dû envisager de réorienter leurs activités, ou même rapatrier leurs salariés expatriés. En outre, même sans avoir de filiale chinoise, de nombreuses entreprises ont cependant des rapports privilégiés avec la Chine, gravement affectée déjà sur le plan économique par cette crise sanitaire. Elles ont donc dû prendre, elles aussi, des mesures en conséquence.

Au-delà des problèmes logistiques, à quelles difficultés les entreprises doivent-elles faire face ?

En cas d’épidémies et risques lors d’agents transmissibles émergents comme le SRAS, Ebola, la grippe aviaire, les entreprises font face, évidemment, au risque infectieux. Mais au-delà de cette première menace, directe, les conséquences sociales et psychologiques peuvent elles-aussi avoir des répercussions importantes sur leur fonctionnement.

Le fait que des infections se produisent au sein de l’entreprise peut faire émerger des tensions. On l’a constaté récemment, des individus peuvent par exemple rapidement se retrouver stigmatisés, voire discriminés, soit parce qu’ils présentent des symptômes infectieux, soit en raison de leur origine ethnique. Les entreprises ont donc intérêt à anticiper ces effets au même titre que le risque infectieux.

L’impact sur le bien-être psychologique des salariés de cette situation d’épidémie doit aussi être pris en compte.

Sur quelles ressources peuvent compter les entreprises ?

Avant tout, rappelons que les entreprises françaises ne sont pas seules : L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré une urgence sanitaire de portée internationale, ce qui signifie que de nombreux pays se sont préparés à faire face à l’épidémie. En France, de nombreuses ressources gouvernementales ont été mises en place pour aider les entreprises, notamment en termes d’information en temps réel sur la réalité de l’épidémie. Citons par exemple le site qui centralise les principales ressources, mais aussi le site de la direction générale de la santé qui recense les principales ressources en France ou des sites internationaux avec des conseils généraux de l’OMS.

De plus, les entreprises peuvent faire appel à leurs propres experts sanitaires, les médecins et les infirmiers des services de santé au travail. Ces services eux-mêmes peuvent ainsi aider les entreprises à la prévention, et informer les salariés comme les dirigeants ou leurs instances sur les éléments de santé, y compris sur le rappel des mesures d’hygiène élémentaires. Les entreprises sont en effet dans l’obligation de fournir les moyens de prévention adaptés pour protéger la santé de leurs salariés. Les professionnels de santé au travail en poste dans les entreprises peuvent aussi participer à la surveillance en communiquant directement avec les autorités de santé pour leur faire remonter les informations.

En outre, dans une telle situation épidémique, le travail à distance doit être particulièrement encouragé, tout comme l’emploi de la visioconférence.

Ces mesures sont prises en lien avec les directives nationales émises par les autorités sanitaires : Direction Générale de la Santé, Santé Publique France, Anses, Agence Régionale de Santé, SAMU-Centre 15, etc. Ainsi, lors de la crise de la grippe A(H1N1) en 2009, l’État avait recommandé à toutes les entreprises d’élaborer un plan de continuité d’activité (PCA), et mis à disposition des kits rappelant les directives à suivre pour les dirigeants de TPE, PME, artisans, professions libérales afin de les assister.

Les salariés ont aussi leur rôle à jouer ?

Oui, effectivement. En observant scrupuleusement les consignes d’hygiène, tout d’abord. Ensuite, en évitant de se rendre sur son lieu de travail en cas de symptômes avérés tels que fièvre ou toux. Enfin, si l’on revient d’une région à risque, dont les autorités tiennent des listes à jour, on reste chez soi, et si on a un problème de santé on fait appel aux services sanitaires tels que SAMU pour se déclarer.

Il est de la responsabilité des entreprises de rappeler que cette vigilance concerne tout le monde. Nous sommes encore à un moment de l’épidémie où la prévention a un sens et peut influer sur son développement. Et ces mesures d’hygiène sont valables pour se protéger également d’autres maladies infectieuses, dont la grippe : n’oublions pas que cette épidémie-là non plus n’est pas terminée !Alexis Descatha a reçu des financements de la région Pays de la loire, Angers Loire Métropole, ainsi que de ses affiliations, et d’Elsevier (rédacteur en chef des Archives des Maladies Professionnelles et de l’Environnement).

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Author: TheConversation.com

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