Lutte contre le terrorisme : La Chine s’engage un peu plus au Sahel

La Chine va faire un don d’équipements militaires d’une valeur de 50 millions de yuans, soit 7 millions de dollars, à chaque pays membre du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger, Tchad), a annoncé lundi son ambassadeur à Nouakchott, Zhang Jianguo.
Pékin va aussi accorder, selon le journal Al Akhbar qui rapporte l’information, une aide financière au secrétariat permanent et à la force conjointe du G5 Sahel. La même source explique que le gouvernement chinois veut, à travers ces dons, soutenir les efforts du G5 Sahel dans sa lutte antiterroriste et le maintien de la paix et de la sécurité dans la sous-région.
La Chine s’impliquera-t-elle directement dans la lutte antiterroriste au Sahel ? Ce n’est pas exclu. Certains experts estiment que «le soutien au G5 Sahel pourrait être l’occasion pour la Chine de se placer dans une zone stratégique qui lui échappe totalement». Ce n’est pas tout. Pékin investit énormément en l’Afrique, où il se ravitaille par ailleurs en matières premières stratégiques pour ses industries. Les autorités chinoises ont donc besoin de protéger leurs intérêts. Il s’agit pour elles de sécuriser notamment les nouvelles routes de la soie, leur ambitieux programme de financement et de construction d’infrastructures qui traverse des zones dangereuses en Afrique.
Intérêts stratégiques
C’est la raison pour laquelle, entre autres, elles n’ont pas hésité aussi à ouvrir, en septembre 2018, une base militaire à Djibouti. Il s’agit de leur première base à l’étranger. La Chine avait promis également en 2018 le versement de 100 millions de dollars d’aides militaires à l’Union africaine. Les soldats chinois sont en outre déjà présents en RDC, au Liberia, au Soudan du Sud et au Mali sous la bannière de l’ONU. «Pour l’instant, il n’y a pas du concret en ce qui concerne les échanges dans le domaine antiterroriste entre la Chine et la Mauritanie. Cela dit, nous sommes en train d’aider le gouvernement mauritanien à élever sa capacité militaire pour lutter contre le terrorisme (…). Nous recevons également chaque année de hauts officiers des armées mauritaniennes pour des stages en Chine, et certains cours concernent la lutte contre le terrorisme», s’est contenté de dire Zhang Jianguo.
Le terrorisme ne cesse de semer la mort au Sahel depuis plusieurs années. Le Burkina Faso apparaît comme le pays de la région le plus touché par les attaques terroristes en 2019. Mardi 24 décembre, des groupes armés terroristes ont attaqué les forces burkinabè à Arbinda, dans la province du Soum, au nord du pays. Au total, 35 civils ont perdu la vie et sept militaires ont été tués. L’analyste politique burkinabè et consultant média sur les questions de gouvernance politique et de sécurité, Siaka Coulibaly, a indiqué au micro de la chaîne chinoise Xinhua que «les pertes en vies humaines, militaires et civiles, dépassent le millier et plus de 500 000 personnes sont en situation de déplacés internes en 2019». Pour lui, tous les facteurs évoqués convergent pour indiquer que les perspectives sécuritaires en 2020 ne sont pas positives dans le Sahel.
La CéDéAO met les moyens
De son côté et pour confirmer son engagement dans la lutte contre le terrorisme dans la région, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a, lors d’un sommet extraordinaire des chefs d’Etat à Abuja, adopté samedi son «plan d’action» à un milliard de dollars. S’exprimant à la clôture du sommet, le président de la commission de la Cédéao, Jean-Claude Kassi Brou, a indiqué que «la conférence a adopté le plan d’action 2020-2024 destiné à éradiquer le terrorisme dans la région ainsi que son calendrier d’exécution et son budget». «Ce budget sera financé par des ressources internes à hauteur d’un milliard de dollars», a précisé M. Brou, ajoutant toutefois que le budget estimatif total s’élève à 2,3 milliards de dollars et en appelant à la solidarité des «partenaires internationaux» pour financer le reste.
Lors de l’annonce de ce plan, au dernier sommet extraordinaire tenu à Ouagadougou à la mi-septembre, la Cédéao avait indiqué qu’il devait permettre de «renforcer les capacités opérationnelles» des armées nationales ainsi que «des forces conjointes», comme le G5 Sahel qui doit comprendre à terme 5000 hommes. Samedi, l’organisation régionale a une nouvelle fois plaidé «pour que la force conjointe du G5 Sahel soit placée sous chapitre 7 de la Charte des Nations unies» – ce qui ouvrirait la voie à des financements de l’ONU – et que la force onusienne au Mali, la Minusma, «soit dotée d’un mandat offensif». 
 
 
 
 
Les États-Unis envisagent de retirer leurs troupes
Les Etats-Unis envisagent de réduire considérablement leur présence militaire en Afrique de l’Ouest, voire d’y retirer complètement leurs troupes engagées dans la lutte antiterroriste, rapportait jeudi dernier le New York Times, citant des responsables américains. Selon le quotidien new-yorkais, la question est pour l’heure discutée en interne au ministère de la Défense, dans le cadre d’un redéploiement général des troupes américaines, et aucune décision ne sera prise avant janvier. Le ministre de la Défense, Mark Esper, veut, dit-on, revoir le dispositif américain à travers le monde en se désengageant de ses missions de contre-terrorisme pour mieux se focaliser sur ses deux priorités, la Chine et la Russie. La première étape de cette réduction des opérations extérieures concernerait l’Afrique, où les Etats-Unis comptent entre 6000 et 7000 soldats dans l’ouest du continent mais aussi à l’Est, notamment en Somalie. Un retrait américain d’Afrique de l’Ouest constituerait un coup dur pour les forces françaises, qui combattent des groupes terroristes au Mali, au Niger et au Burkina Faso, relève le New York Times.
 
Z. C.
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Author: ElWatan.com

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