L’Église Orthodoxe au bord du schisme

Par Alexandre Moumbaris − Le 10 novembre 2019 − Source Les dossiers du BIP
Je n’aurais certainement pas argumenté sur le sujet de l’Orthodoxie, ni sur toute autre Église ou même religion, si je n’avais pas constaté que derrière le phénomène religieux, canonique, que représente l’attribution de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe d’Ukraine – Patriarcat de Constantinople (ÉOU-PC) avec ses termes ambiguës et mystiques, il n’y avait pas d’enjeux géopolitiques.

Dans les processus identitaires de rupture et de fusion des églises orthodoxes ukrainiennes apparaissent chaque fois des causes externes provoquant des tensions internes donnant lieu à des «divergences dogmatiques».
Dans toute cette affaire de l’autocéphalie accordée à l’ÉOU, devenant ainsi ÉOU–PC, le brouillage, l’hypocrisie, le mensonge, la flagrante malhonnêteté des principaux acteurs cléricaux, ne trouve de répit qu’ici et là, quand quelques-uns d’entre eux suivent leur conscience, se dressent et disent des vérités difficiles à contester. Il y a aussi, de nombreux cléricaux qui gardent le silence en attendant de voir comment le vent va tourner. Mais ce qui ne fait aucun doute, est que les simples fidèles doivent se poser de profondes questions déstabilisantes.
«De nombreux clercs et laïcs de l’Église orthodoxe de Grèce avaient précédemment demandé à leurs évêques de ne pas reconnaître la nouvelle (EOU-PC). Ils qualifient les décisions du Phanar – le Patriarcat œcuménique – de ‘choix erronés et ratés’, qui ‘scandalisent les âmes de millions de fidèles orthodoxes ukrainiens qui font face à des privations et des persécutions’ dans leur lutte pour rester fidèles à leur tradition ecclésiale» (Écho, l’hebdomadaire chrétien [catholique] des familles, RF.Ch, Suisse)
En suivant les parcours des Églises orthodoxes ukrainiennes, à l’exception de l’Église orthodoxe ukrainienne — Patriarcat de Moscou (ÉOU-PM), vieille de plus de quatre siècles, ressort le cas de l’Église orthodoxe autocéphale d’Ukraine (ÉOAU) créée, à la suite du schisme avec le Patriarcat de Moscou. Elle a vu le jour par décret le 1er janvier 1919, sous la République populaire ukrainienne [qui avait tenté de diriger le pays de mars 1917 à octobre 1920]. L’ÉOAU, passée cette «période d’indépendance de l’Ukraine» a existé jusqu’à ce qu’elle soit interdite en 1928. Il semble toutefois qu’elle ait pu continuer à exister jusqu’en 1937. Quelque temps après la «libération de l’Ukraine par les Nazis» elle a repris du service entre 1942 à 1944. L’ÉOAU s’est éteinte avec la victoire de l’armée Rouge et le retour de l’Ukraine au sein de l’Union soviétique. Beaucoup de ses adeptes ont émigré à l’Ouest, notamment aux États-Unis, Canada , Amérique du Sud et dans d’autres pays. En 1990, l’ÉOAU a ressuscité de ses cendres.
L’Église orthodoxe ukrainienne – Patriarcat de Kiev (ÉOU-PK) a été créée en 1992.
En 2018, suite au processus de création de l’ÉOU, décrété par Petro Walcman dit «Porochenko» et la Rada ukrainienne, l’ÉOU-PK fusionna avec l’ÉOAU transformant les deux Patriarcats en un Archevêché (sic!), celui de Kiev. La nouvelle ÉOU, en janvier 2019, par la reconnaissance du Patriarcat de Constantinople, est devenue l’ÉOU-PC.
Dans le camp des opposants à la reconnaissance de l’ÉOU par le Patriarcat œcuménique de Constantinople, il y a les Églises orthodoxes de Russie, de Serbie et de Pologne. La Géorgie attend pour décider qu’un accord se fasse entre Moscou et Constantinople. Aux dernières nouvelles -pas très fraîches-– il en serait de même avec les patriarcats d’Antioche, de Jérusalem et de l’Église de Chypre. Les églises, qui, à notre connaissance soutiennent l’autocéphalie ukrainienne sont celles de Constantinople, d’Alexandrie, de Grèce, de France… Il est à noter que l’Archevêché russe de France s’est détaché du Patriarcat de Constantinople pour rejoindre celui de Moscou.
Le jeu occidental consistait, et consiste encore, à détacher et pousser l’Ukraine  – Malorossia ou Petite Russie – vers le camp occidental. La constante est toujours dans le déni que l’Ukraine fasse partie intégrante non seulement de l’Union soviétique communiste, mais aussi de la Russie capitaliste, de la Russie tout court. C’est aussi une manière de revenir sur la victoire soviétique et sur ses conséquences.
Le président Poutine accuse le patriarche Bartholomée 1er d’avoir agi par intérêt financier. Je ne pense pas qu’il ait porté ces accusations à la légère. Des rumeurs parlent d’une ou deux sommes de $50 millions versées par le biais du président Petro Porochenko, semblerait-t-il pour les «œuvres» du patriarche.
Il ne fait aucun doute que le patriarche Bartholomée 1erer mu par sa «grandiose opinion de lui-même» se croit tout permis. Cela passe très mal même au sein des églises autocéphales qui le soutiennent. Son coup d’État aussi flagrant et cavalier, fait fi de ses déclarations passées. La situation est destructrice, tragique et risible à la fois.
C’est avec la même tactique arbitraire, irrégulière, malhonnête et indigne que l’Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, Hyéronyme II a fait passer l’approbation de l’Église de Grèce en faveur de l’autocéphalie ukrainienne.
La lettre du Métropolite Siméon de la Nouvelle Smyrne – située à côté d’Athènes, dit l’essentiel avec une politesse extrême. Toutefois je préfère la lettre du Métropolite Sérafim du Pirée, que j’ai beaucoup apprécié pour sa façon directe et franche, mais malheureusement trop longue pour ce numéro de la revue. Il est à noter aussi l’excellente lettre du Métropolite Sérafim de Kythère et Antikythère. À ceux-là s’ajoutent les Métropolites : Sérafim de Karystia et Skyrou, Germanos d’Elias et Olenis, Daniil de Kaisarianis, Vyronos et Hymette, Nikolaos de Mésogaias et Lavreotikis, Andréas de Dryïnoupolis, Kosmas d’Aitolie et Akarnanie.
En conclusion, ce qui m’interpelle dans cette dispute c’est d’une part l’attaque faite à l’intégrité de la Russie et la zizanie introduite dans les relations amicales entre la Grèce et la Russie qui ont émergé avec le temps par la proximité géographique, en particulier des populations limitrophes de la mer Noire, la langue, la religion mais aussi le soutien historique de la Russie à la Grèce. Il faut rappeler qu’à un moment de la révolution de 1917, le Pont, au nord de la Turquie, faisait partie de l’Union soviétique et les Grecs de la région ont participé aux combats de l’Armée Rouge dans les pays du Caucase. Et c’est en Russie que se sont réfugiés les soldats de l’Armée patriotique après leur défaite en 1949.
Bartholomée I et Hiéronyme II sont coupables dans cette affaire. Je suis attristé aussi de voir l’Archevêché russe orthodoxe de France quitter Constantinople pour rejoindre Moscou. Sa présence au sein de l’Archevêché de Constantinople aurait été un poids en faveur des opposants à l’attribution. Mais c’était aussi un lien entre Russes et Grecs, précieux pour ces derniers lorsqu’ils furent trahis par leurs propres politiciens et leurs «alliés» qui dépecèrent la Grèce alors qu’elle était sous la constante menace de la Turquie.
Je suis scandalisé à la vue de ce vieillard aux yeux de poux et au sourire de serpent, entraîner ignominieusement derrière lui une bonne partie de l’orthodoxie, dans le camp occidental.
Alexandre MOUMBARIS
Notes
Le 11 octobre 2018 Le Patriarcat œcuménique de Constantinople, Patriarche Bartholomée Ier accorde aux orthodoxes d’Ukraine l’autocéphalie.
Le 15 décembre 2018 suite à la demande du président ukrainien, Petro Valcman dit «Porochenko», et de la Rada ukrainienne, est créée l’Église orthodoxe d’Ukraine issue de la fusion de:
a) l’Église orthodoxe d’Ukraine – Patriarcat de Kiev (EOU-PK), (Métropolite Philarète), créée en 1992 suite de l’indépendance de l’Ukraine, en schisme avec Le patriarcat de Moscou et
b)  de l’Église orthodoxe autocéphale ukrainienne (EOAU), créée à l’origine par décret du 1er janvier 2019 et interdite en 1928, mais existé apparemment jusqu’en 1937?) puis de 1942 à 1944 et de 1990 à 2018, (Métropolite Moïseï Kulik?)
Le 6 janvier 2019 à Istanbul le Tomos d’autocéphalie, a été accordé à la nouvelle l’Église orthodoxe d’Ukraine— Patriarcat de Constantinople (EOU-PC), (Métropolite Iepifani).
 Relu par Kira pour le Saker Francophone

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