Alma, 6 ans : « Pourquoi certains mots sont des gros mots ? »

Demande au capitaine Haddock. Gonzague Petit Trabal/Flickr, CC BY-SAParfois, on donne des caractéristiques aux mots. Il y a les mots doux par exemple : on comprend tout de suite que ce sont des mots d’amitié et d’amour comme mon chéri, ma douce, mon canard en sucre…

Parfois, au contraire on dit que les mots sont « gros » ou plutôt on parle de gros mots ou de mots grossiers pour des termes qu’on ne pourrait, en principe, pas dire selon les normes de politesse d’une société. Sais-tu qu’au XVIe siècle, le philosophe Érasme écrivit un Traité de civilité puérile (puer = enfant en latin) et qu’il indique que les enfants ne peuvent pas jurer ni dire de gros mots ? Gros, ça veut dire qui dépasse la mesure. On dit aussi des « vilains mots ».

Les gros mots sont soit des mots qui parlent de choses dites « non nobles » : les mots du sexe, les mots scatologiques comme pipi, caca, merde ; soit des mots qui offensent les dieux selon les religions (Foutre Dieu !). On peut aussi dire un gros mot « pour soi » pour soulager une émotion, sans l’adresser à autrui.

Pourquoi dire des gros mots diminue la douleur (Le Monde).Tous les mots peuvent-ils devenir une insulte ?

L’insulte peut faire partie des gros mots. Ainsi je peux dire à quelqu’un : « Tu es une grosse merde » et je suis alors insultant et grossier. Mais on s’aperçoit que n’importe quel mot peut devenir une insulte, en fonction de la situation de communication et, encore plus, si on lui ajoute d’autres petits mots comme espèce de, sale, petit, gros… Après il suffit de le lancer avec un ton agressif (ou plein de points d’exclamation, de capitales ou d’émoticônes rageurs sur la toile) pour en faire une insulte. Espèce de cafetière, sale patate, petit minable, gros cochon…

Pourquoi dit-on des insultes ?

Comme les gros mots, les insultes sont contraires à la politesse sociale. Lorsqu’elles s’attaquent à la race (bougnoul), au sexe (salope), à l’orientation sexuelle (PD), elles sont, suivant les pays, punissables par la loi : ces insultes véhiculent des stéréotypes et participent à la violence de nos sociétés, elles sont offensantes.

On s’insulte beaucoup, des terrains de foot aux parlements, les émotions négatives et les agressions verbales foisonnent : mais pourquoi dit-on des insultes ? Le philosophe Aristote disait que c’était par plaisir, pour se soulager (comme pour les gros mots) ; plus proche de nous un autre penseur, William Irvine, disait que c’était pour exclure l’autre désigné comme un ennemi.

Entre défoulement et agression, il faut toujours réfléchir aux sens des mots et aux effets qu’ils produisent !

Diane Rottner, CC BY-NC-ND
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Author: TheConversation.com

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