Iran : retour de flamme pour Trump…

Ou comment la campagne « pression maximale » de Trump contre l’Iran se retourne maintenant contre lui
Par Moon of Alabama − Le 16 juin 2019
Il n’y a aucune preuve que l’Iran ait été à l’origine de l’attaque vendredi contre des pétroliers dans le golfe d’Oman.
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De nombreux acteurs, au Moyen-Orient et aux États-Unis, sont intéressés à inciter les États-Unis à prendre part à une confrontation militaire avec l’Iran. La plupart de ces acteurs ont la capacité de lancer des attaques clandestines contre des navires civils. Que le gouvernement américain blâme l’Iran pour une telle attaque est évident. Mais même les analystes israéliens doutent que l’Iran soit responsable des récents incidents. Le gouvernement allemand doute que la vidéo présentée par les États-Unis montre quelque chose d’important. D’autres soulignent le moment suspect où l’incident a eu lieu.
Israël est, bien sûr, le premier candidat à une telle attaque sous faux drapeau. Le Premier ministre Netanyahou s’est activé contre l’Iran pendant les 25 dernières années. Il a plusieurs fois menacé d’attaquer directement le pays mais préférerait que les États-Unis le fassent. Le service de renseignement clandestin israélien, le Mossad, est capable d’opérations de grande envergure. On sait que les sous-marins israéliens ont déjà opéré dans la mer d’Oman.
Les Saoudiens subissent les pressions des forces houthies à leurs frontières méridionales. Les Houthis reçoivent un soutien matériel de l’Iran. Si les États-Unis attaquaient l’Iran, les Saoudiens seraient soulagés. Les Saoudiens ont besoin d’un prix du pétrole bien supérieurs à 60 dollars le baril pour financer leur pays. Tout ce qui fait grimper les prix, comme les attaques de pétroliers, est évidemment dans leur intérêt. L’assassinat de Jamal Khashoggi en Turquie a montré que les Saoudiens avaient développé de grandes capacités clandestines et n’avaient aucun scrupule à les utiliser.
Les complices des saoudiens au Yémen, les Émirats arabes unis, sont sous le contrôle impitoyable de Mohammad bin Zayed. Bin Zayed est l’un des principaux instigateurs de la politique anti-iranienne des États-Unis. Bin Zayed a embauché Eric Prince, de Blackwater, pour former une armée de mercenaires. Prince est un ancien de l’US Navy SEAL, un spécialiste militaire formé aux opérations clandestines en mer. Mettre secrètement une bombe ventouse sur un navire est exactement ce que les SEAL apprennent à faire.
Le président américain Donald Trump a embauché plusieurs ennemis de l’Iran dans son administration. Son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, milite depuis des années pour un changement de régime à Téhéran. Bolton est connu pour savoir contourner le secrétaire à la Défense et les chefs d’état-major. Il communique directement avec les niveaux inférieurs de l’armée américaine et avec ses commandants régionaux. Le commandement central américain affirme maintenant que :
“Un missile sol-air iranien SA-7 modifié a tenté d’abattre un MQ-9 américain à 13 h 45, heure locale, le 13 juin, dans le golfe d’Oman, afin de perturber la surveillance du corps iranien des gardes de la révolution islamique lorsque celui-ci a attaqué le M / T Kokuka Courageous … ”
Bien sûr – ça doit être vrai. Tout comme le CENTCOM prétend que  les pétroliers ont été endommagés par des mines ventouses, qui sont inefficaces lorsqu’elles sont utilisées au-dessus de la ligne de flottaison d’un navire. Le propriétaire japonais du Kokuka Courageous a déclaré que le CENTCOM mentait et que le navire avait été attaqué par des « objets volants ». Le drone MQ9 Reaper est un moyen de surveillance, mais il est également capable de lancer des missiles. Si la nouvelle affirmation du CENTCOM est vraie, où est la vidéo prise par le drone de « l’attaque iranienne » ? Comment pouvons-nous être sûrs que ce n’est pas un drone américain qui a tiré des missiles sur le navire japonais ?
Il y a bien sûr aussi la CIA. Il y a deux ans, elle a créé un nouveau centre de mission pour faire monter la mayonnaise en Iran :
Le Centre de mission pour l’Iran réunira des analystes, du personnel des opérations et des spécialistes de l’ensemble de la CIA afin d’exploiter toute la gamme des capacités de l’agence, y compris des actions clandestines. …

Pour diriger le nouveau groupe, M. Pompeo a choisi un officier vétéran du renseignement, Michael D’Andrea, qui a récemment supervisé le programme de frappes mortelles de drones de l’agence et qui a été crédité par nombre de ses pairs de ses succès contre Al-Qaïda durant la longue campagne des États-Unis contre le groupe terroriste. …

M. D’Andrea, ancien directeur du Centre de lutte contre le terrorisme de la CIA, est reconnu par ses pairs comme un directeur exigeant mais efficace et un converti à l’islam qui travaille de longues heures. Certains responsables américains ont exprimé leur préoccupation quant à ce qu’ils percevaient de son attitude agressive à l’égard de l’Iran.
On peut se demander sur quoi D’Andrea, avec son expérience dans la direction de frappes de drones, a travaillé au cours des deux dernières années. Quelles opérations a-t-il planifiées ?
Nous savons que les attaques sous faux drapeaux sont aussi américaines que le chewing-gum et l‘apple-pie. Le Boston Tea Party (1773) était composé de colons  camouflés en Indiens. Vous souvenez-vous de l’USS Maine (1898) ? De l’attaque du golfe du Tonkin (1964) qui n’a jamais existé ? Des fausses attaques chimiques organisées récemment par les États-Unis, lorsque ceux-ci ont payé des acteurs pour pouvoir ensuite blâmer le gouvernement syrien ?
Il y a également un certain nombre d’acteurs non étatiques qui auraient pu être impliqués dans les attaques de pétroliers. La secte de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI) est connue pour ses attaques terroristes contre l’Iran. Mais ce n’est pas le seul groupe. Au cours des deux dernières années, les terroristes baloutches à la frontière irano- pakistanaise, les séparatistes arabes du mouvement Ahvaz, État islamique et des groupes kurdes ont tous lancé des attaques terroristes contre l’Iran.  Tous ces groupes sont financés par l’un ou l’autre des acteurs étatiques énumérés plus haut. Avec des fonds pratiquement illimités, ils auraient tous pu développer les capacités nécessaires pour endommager un pétrolier.
Tous les acteurs susmentionnés ont les motivations et la capacité potentielle de lancer des attaques qu’ils peuvent ensuite imputer à l’Iran. Il n’est donc pas étonnant que tout le monde parle de « conneries » lorsque le secrétaire d’État Pompeo affirme que « seul l’Iran » aurait pu le faire. Il n’y a tout simplement aucune preuve – zéro – que l’Iran a commis les attaques.
Il n’est donc pas étonnant que même les lecteurs assidus de Moon of Alabama doutent lorsque nous écrivons que la nouvelle stratégie de l’Iran consiste à exercer une « pression maximale » sur Trump. Cela avait l’air bizarre quand cela avait été développé pour la première fois dans la mise à jour du post précité. Mais si on se met à la place des décideurs iraniens, cela devient soudainement une évaluation réaliste.
Le lendemain de notre premier reportage sur la nouvelle stratégie iranienne, Asia Times a confirmé l’existence du concept :
Ce genre d’avertissement non létal, qui a provoqué une flambée des prix du pétrole, figure dans le cahier des charges iranien depuis que le gouvernement Trump a annoncé qu’il prendrait des mesures pour réduire la capacité de la république islamique à vendre son pétrole.

“Cela faisait l’objet d’un débat avant même la révocation des dérogations pétrolières [en novembre], mais surtout comme une réponse possible à une tentative visant à supprimer [les] exportations iraniennes”, a déclaré une source iranienne à Asia Times sous couvert d’anonymat, car il n’était pas autorisé à parler sur le sujet.
L’idée derrière cela, selon la source de Asia Times, est de pousser les Saoudiens à demander à Trump de réduire la pression sur l’Iran :
“Si MBZ dit à Trump qu’il est temps de ralentir la politique de pression maximale ce sera très différent d’un [président japonais Shinzo] Abe appelant à des négociations”, a déclaré la source.
Mais ralentir la politique de pression maximale de Trump contre l’Iran n’est pas suffisant pour ce dernier. Comme nous l’avons expliqué, ce que l’Iran veut, c’est éliminer la campagne de pression maximale de Trump en exerçant une pression maximale sur lui.
Elijah Magnier est connu pour avoir accès à des sources de haut niveau à Téhéran. Il a rapporté hier soir :
Des sources proches des décideurs iraniens ont répété les paroles du président Hassan Rouhani et du conseiller iranien de Sayyed Khamenei pour les affaires internationales, Ali Akbar Velayati, selon lesquels «si l’Iran ne peut exporter du pétrole par le golfe Persique, personne au Moyen Orient ne pourra le faire». La source “s’attend à de nouvelles attaques à l’avenir, compte tenu de la décision des États-Unis d’arrêter les flux de pétrole iranien par tous les moyens. Ainsi, le pétrole cessera d’être livré au monde si l’Iran ne peut pas exporter ses deux millions de barils par jour”.

“Les tensions dans le Golfe ne pourront être apaisées que lorsque les sanctions seront levées contre l’Iran. Sinon, davantage d’objectifs pourraient être ciblés et le niveau de tension augmenterait progressivement. [..] Si l’Iran souffre, le reste du monde souffrira également”, a déclaré la source. …

«Le président Trump parie sur le maintien du statu quo. Cela ne convient pas à l’Iran, car son économie en souffrira cruellement. Cautériser la blessure économique profonde et tenir jusqu’à ce que Trump termine son premier mandat c’est jouer le jeu de Trump et cela ne se produira pas. La tension dans le Golfe a commencé lorsque Trump a décidé de se retirer de l’accord nucléaire (connu sous le nom de JCPOA). Laissez-le payer le prix maintenant. Si l’Iran ne peut pas exporter son pétrole brut, cela signifie que le pays doit être prêt pour la guerre», poursuit la source.
« Si vous voulez une pression maximale », dit l’Iran à Trump, « nous pouvons le faire. »
Bien entendu, aucun responsable iranien ne le confirmera publiquement.
Ce qui rend la situation confuse et le raisonnement contre-intuitif, c’est que l’Iran et certains de ses ennemis ont maintenant les mêmes intérêts tactiques. Les deux côtés veulent augmenter la tension dans la région. Cela garantit que des nouvelles attaques se produiront. Il existe de très nombreuses cibles potentielles pour cette campagne.
Trafic actuel de pétroliers chargés au Moyen-Orient via Tanker Trackers AgrandirLes ennemis de l’Iran espèrent que davantage d’attaques contre les pétroliers vont entraîner Trump et ses acolytes britanniques dans un conflit militaire avec l’Iran.
L’Iran calcule que Trump comprendra le danger et reconnaîtra qu’un tel conflit ruinerait sa présidence. Qu’il acceptera d’annuler les sanctions et rejoindra l’accord sur le nucléaire pour ne pas se faire reprocher des prix du pétrole sans précédent et des conséquences catastrophiques pour l’économie mondiale.
Nous pouvons nous attendre à ce que ce jeu du chat et de la souris se poursuive au cours des douze prochains mois. Trump sera sous pression des deux côtés. De toute façon le printemps, ou l’été prochain, est la dernière limite pour qu’il prenne une décision. Jusque-là, nous verrons plus de victimes dans cette nouvelle guerre des pétroliers.
Les ennemis de l’Iran, ainsi que l’Iran lui-même, ont maintenant intérêt à ce que de nouvelles attaques contre les pétroliers se produisent. Mais à moins de preuves indépendantes très convaincantes, nous ne saurons jamais qui les aura commises. Il y a tout simplement trop de joueurs qui ont les motivations et la capacité de faire de telles attaques. Tous ont des raisons valables pour endommager plus de navires. Tous ont un déni plausible. C’est ce qui rend la situation actuelle si dangereuse. Heureusement, le problème peut être facilement résolu.
Celui qui a causé ce conflit est Donald Trump. C’est aussi lui qui peut y mettre fin immédiatement.
Moon of Alabama
Traduit par jj, relu par Wayan pour le Saker Francphone

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