Les Etats-Unis vs Chine : La guerre cybernétique aura bien lieu

Les téléphones Huawei qui sont très prisés par une catégorie de la population de par le monde notamment pour leurs prix abordables sont désormais bons à jeter. Depuis que  Google, (il peut toujours utiliser l’OS open sources mais pas les services Google comme Maps, Gmail ou l’app Play store) dont le système mobile Android équipe la grande majorité des smartphones, a annoncé dimanche 20 mai sa décision de suspendre ses relations avec le géant chinois de la téléphonie, la valeur Huawei a baissé de manière assez significative. Surtout que dans la foulée de ce lâchage, plusieurs fabricants de composants (Qualcomm, Intel, Xilinx et Broadcom) ont également pris leurs distances, ce qui pourrait retarder le déploiement de la 5G. Cela apprendra aux Chinois de chercher à détrôner les Américains dans le domaine des nouvelles technologies dont ils entendent rester les leaders incontestés.

Mal en a pris à Huawei, victime collatérale de la guerre commerciale qui fait rage entre Washington et Pékin, d’être le premier à lancer la technologie 5G (la cinquième génération de technologie mobile) en cours de déploiement et de griller la politesse à l’Oncle Trump qui a aussitôt réagi en mettant ce groupe dangereusement inventif  dans le collimateur et dont les équipements télécoms avaient été déjà bannis du territoire américain sous le mandat de Barack Obama. Le président US actuel n’y est pas allé du dos de la souris :  il a attaqué bille en tête, allant jusqu’à interdire non seulement  aux groupes américains de dealer dans les télécommunications avec Huawei, nouvelle bête technologique de Washington,  jugée dangereuse pour la sécurité nationale, mais à mette également en garde les pays alliés comme l’Allemagne, la France, l’Italie et le Japon.  Or,  par un simple décret, Trump vient d’empêcher Huawei d’utiliser des composants américains dans ses équipements, ce qui lui coupe l’accès à tous ses marchés, notamment européens. Ce qui monter en creux le retard de l’Europe dans ce domaine où elle ne possède pas de souveraineté technologique. Les États-Unis ont également annoncé des mesures de rétorsion contre  les entreprises qui oseraient briser l’embargo US contre Huawei.
Cette mise en quarantaine numérique a été justifiée par des soupçons d’espionnage industriel que paniquerait la Chine via les téléphones Huawei. Rien que ça!  C’est connu,  quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage.
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« Ces craintes (d’espionnage) sont très sérieuses », fait savoir Nick Weaver, chercheur en cybersécurité à l’université de Berkeley. «Les équipements télécom sont particulièrement sensibles, car ils sont conçus pour la surveillance, il faut donc avoir une confiance absolue. » 
Comme celle que le monde voue aux Américains qui ont mis le monde entier sous surveillance ? Pas question d’introduire de la concurrence dans l’espionnage cybernétique.  Le monopole dans ce domaine sensible  doit rester entre les mains des seuls Américains qui savent en faire un bon usage. En fait, les nouvelles technologies sont la nouvelle bombe atomique de ce siècle de toutes les dérives. 
Si la planète s’est fait épargner la guerre des étoiles en raison de la fin de la guerre froide, elle est en train de vivre une guerre de troisième type, celle des réseaux opposant les Etats-Unis au géant asiatique.   
Pour sa défense, notamment face à l’interdiction de l’Australie, Huawei a déclaré sur Twitter que les soupçons d’espionnage à son encontre ainsi que la fragilité de ses infrastructures 5G en termes de cyber-sécurité étaient infondés, tout en affirmant que Huawei est une entreprise privée et donc complètement indépendante du pouvoir chinois. Or, dans cette affaire scabreuse,  les géants du net US n’ont pas montré plus d’indépendance vis-à-vis  de la Maison Blanche dont ils suivent les consignes politiques. Le conflit avec Huwaei a révélé qu’aux Etats-Unis aussi, le business est sous influence du pouvoir politique. Les dégâts sont potentiellement considérables pour Huawei dont les prochains téléphones intelligents pourraient ne plus proposer le Play Store et des applications-phare de Google comme Gmail, Google Maps, YouTube…Sauf si l’opérateur chinois,  qui a vendu au premier trimestre, quelque 59,1 millions de smartphones, soit 19% de part de marché, plus que l’américain Apple mais toujours derrière le leader, le sud-coréen Samsung, arrive à créer son propre écosystème d’exploitation qui soit plus performant et sûr que son rival Android. Un objectif qui relève du virtuel ?
Huawei, une ascension fulgurante
• L’entreprise a été créée en 1987 dans la ville chinoise Shenzhen. En 2003, Huawei installe des bureaux en France.
• Le 28 septembre 2007, les soupçons commencent. Huawei Technologies et la société américaine Bain Capital tentent de racheter ensemble le fabricant d’équipements réseau américain 3Com pour un montant de 2,2 milliards de dollars mais le projet est abandonné. Les Etats-Unis accusent la Chine de cyber-espionnage international.
• En 2009, Huawei installe le premier réseau européen LTE pour l’opérateur norvégien Teliasonera (aujourd’hui Telia Company) à Oslo.
• Parallèlement, la même année, Huawei commence à fabriquer et à commercialiser ses propres smartphones sous Android qui cartonnent en Chine.
• En 2010, Huawei devient le deuxième fournisseur mondial en réseaux télécommunications, derrière Ericsson et devant Nokia, Siemens Networks, Alcatel-Lucent, Cisco Systems et ZTE.
• Toujours en 2010, Huawei réalise 65 % de son chiffre d’affaires par an à l’export, soit 27,36 milliards de dollars.
• En 2013, 70 % du chiffre d’affaires de Huawei est réalisé à l’international, excepté les Etats-Unis, leur grande déception.
• En avril 2018, Huawei déclare au journal américain Forbes ne plus vouloir s’implanter aux Etats-Unis. Ils ont expliqué que leur position faisait suite aux réticences du président Donald Trump vis-à-vis de la croissance de l’étendue économique chinoise dans le monde et des failles de la cyber-sécurité liée à leurs infrastructures commercialisées à l’international.
• En 2018, Huawei est exclu du marché australien pour le développement de la 5G.
Jamil Manar
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Author: LeCanardLibere.com

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