Ode au vivre ensemble : Un avis sur l’affaire du règlement intérieur de l’institution Sainte Jeanne d’Arc

«Le bonheur n’est pas un gros diamant, c’est une mosaïque de petites pierres différentes harmonieusement rangées.» Alphonse Karr
Je m’appelle Théodore Chérif Monteil. On me demande souvent d’où me vient cette composition nominative si complexe. Je réponds toujours, de façon invariable, que mon nom reflète parfaitement ma profonde «sénégalité» puisque je suis le fils du Sénégal un et pluriel, envié dans l’étrangeté de son harmonie.
Je suis le fils de Joseph le catholique, lui-même né de Dibor Ndiaye la musulmane et de Pierre le catholique.
Je suis le fils de Anna la musulmane elle-même née de Boury Ndiaye la musulmane et de Laurent Mendy le catholique.
Je suis le frère de Jean, Boury et Yandé les musulmans et aussi de Laurent, de Marie, de Pierre les chrétiens.
Je suis le Père de Anna Diarra (du nom de mon aïeule Mame Diarra Khouma), de Alain Abdoulaye (le serviteur de Dieu) et de Naïla (celle dont le travail est fructueux).
Je suis le Sénégal.
Le Sénégal est un pays unique, par sa richesse culturelle, sa position géographique, son climat mais particulièrement par le pacte que nos ancêtres ont su construire ; un pacte social spécial basé sur des valeurs fortes qui fondent notre cohésion d’aujourd’hui que tout le monde nous envie.
C’est librement que nos ancêtres ont choisi de toujours écrire leurs différences sur le sable du désert toujours renouvelé par le vent ; c’est aussi librement qu’ils ont choisi de graver leur unité sur l’éternité du mégalithe afin rien, ni le temps, ni les vents et ni la tempête, ne l’altère.
Lorsque des individus sont appelés à partager un espace, il devient nécessaire de mettre en place un code commun pour restreindre les excès des appétits individuels.
Emmanuel Kant dit que le passage par la violence est une phase nécessaire dans l’avènement de la moralité, que c’est par la confrontation à la violence que se forge le souci de l’intégrité et du courage. Ce souci est le plus primitif du sens moral, «commun chez la brute et l’enfant», au point qu’il est la base nécessaire même aux spiritualités les plus bienveillantes et les plus paisibles.
Je m’appelle Théodore Chérif Monteil, député à l’Assemblée nationale du Sénégal. En cette qualité je ne peux faire l’économie d’apporter mon avis sur un débat qui me préoccupe et qui me semble porteur de germes de division.
Ces derniers jours le débat sur le règlement intérieur de l’Institution Sainte-Jeanne d’Arc, est en train de soulever des
controverses tendant à saper la cohésion de notre société.
J’ai écouté et lu beaucoup d’interventions sur le sujet. Ce que j’en retiens, c’est qu’il ne s’agit pas d’un problème de religion et surtout pas de musulmans ou de chrétiens.
Il s’agit en fait d’une simple affaire mettant en jeu une école avec son règlement intérieur, des élèves qui doivent s’y soumettre et une Administration publique, devant garantir le respect des devoirs et droits des citoyens. Il n’y a donc rien à redire.
Quand un problème de société se pose, il faut bien l’analyser et l’attaquer dans une optique de résolution et non de confrontation. C’est le désir de vérité et les convictions qui mènent aux conflits, et nous n’en n’avons pas besoin. On ne gère pas un problème en s’enfermant dans nos extrêmes, au risque d’en regretter les conséquences.
Qu’est-ce qui explique cette cristallisation des passions ?
S’agit-il simplement de savoir si le règlement intérieur de l’école est applicable ou non ? Est-ce que les élèves à qui il s’applique ont la garantie d’un plein respect de leurs droits ? L’autorité administrative est-elle à équidistance des parties, faisant respecter la loi dans toute sa rigueur mais sans jugement de valeur ?
Prenons du recul, ce qui nous permettra de ne pas prendre les choses au premier degré et surtout ne nous enfermons pas dans les carapaces de nos vérités humaines.
Le débat a été biaisé au départ, du fait qu’une des parties l’a porté sur la place publique par réseaux sociaux et presse interposée. Il est préférable de privilégier la discussion, le dialogue, la conciliation et la courtoise pour trouver la solution.
Pourquoi l’obéissance à un règlement intérieur d’un établissement scolaire devrait poser un problème ? Si la droiture est une vertu jumelle du courage, alors obéir n’est pas un acte de faiblesse. Le sens du devoir peut être une motivation saine pour épauler la générosité, mais il est infiniment inférieur à une loi qu’on s’impose à soi-même par amour, à la manière de l’enseignement chrétien.
Pourquoi nous battons nous ? que cherchons-nous à prouver aux autres ? voilà les vraies questions qu’il faut se poser. C’est le Christ qui disait : «Trouvez d’abord le royaume de Dieu et sa vertu qui est en vous, et toutes les choses vous seront données par surcroît.»[]
Que cherchons-nous ? la vertu de Dieu qui est en nous tous ou une vaine victoire sur les hommes ?
Chacune des parties brandit fièrement ses vérités et ses
convictions et on oublie que le courage est une vertu qui ne se comprend pas sans la rectitude.
L’on se dit, de chaque côté : «Ne rien faire ou ne rien dire serait interprété comme de la faiblesse.» Provoquer, réagir, faire des coups d’éclat, sans se poser la question de savoir ce qui est bon ou juste, n’est ni courageux ni productif.
Nos différences nous enrichissent et ne devraient pas être source de division. A la place de la critique et de la vindicte, armons-nous d’amour, de compassion et d’affection pour autrui. Quelles que soient les pesanteurs sociales, nous ne devons jamais oublier que l’amour préside à toutes les vertus. C’est le sens même de l’enseignement du Christ lorsqu’il nous dit que  le plus grand des commandements est «Tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme et de toute ta pensée. Et le second est semblable au premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Matthieu XXII, 37-38).
Dans une société où la compassion a la place qu’elle mérite, apparaît un système d’obligations mutuelles où l’obéissance est pleinement consentie, et où le chef lui-même se considère comme le premier des serviteurs, soumis à l’autorité éternelle de la compassion, de la dignité et du droit. «Soumission fière qui rend digne l’obéissance, subordination du cœur qui garde vivant, dans la servitude même, l’esprit puissant de la liberté»
(Bushido – l’âme du Japon).
Cette affaire du règlement intérieur de l’Institution Sainte Jeanne d’Arc doit nous pousser à nous interroger sur nos responsabilités individuelles dans le délitement de l’école publique. Nous avons tous regardé notre système scolaire se dégrader sans rien faire. Avons-nous entièrement rempli notre rôle, en tant que parent, élève, enseignant, autorité étatique ?
Nous devons changer de paradigme et nous demander ce que nous voulons pour les générations futures du Sénégal et de l’Afrique.
Nous ne pouvons continuer à construire notre école sur de mauvaises bases. Une bonne relecture de notre histoire, avec une perspective volontairement orientée sur nous-mêmes, nous rendrait plus fiers et par la même occasion plus confiant en tant que Sénégalais et Africains.
Surtout ne perdons pas de vue l’essentiel. L’essentiel, c’est la préservation de cette belle harmonie qui caractérise le vivre-ensemble au Sénégal et toutes les communautés doivent s’employer à y travailler. L’assertion bien répandue, «qui veut la paix prépare la guerre» nous semble fausse. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter les différentes formes de salutations choisies par les hommes vivant ensemble : Salam aleikoum, dans le monde arabo-musulman, Shalom, dans tradition judaïque, pax vobis dans la tradition latine et chrétienne ou encore Mba diam nga am, dans notre culture wolof. A chaque fois le mot «paix» revient.
Vive le Sénégal un et indivisible.
Théodore Chérif MONTEILDéputé à l’Assemblée Nationale

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Author: LeQuotidien.sn

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