Un an après le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire, la pression sur Téhéran s’accroît

«Je suis sûr que l’Iran voudra bientôt discuter» : dans un message publié sur son compte Twitter le 16 mai, le président américain Donald Trump a entrouvert la porte au dialogue avec Téhéran, soufflant, dans ce dossier comme dans d’autres, le chaud et le froid au gré de ses interventions. Depuis 10 jours, le ton est en effet tout autre du côté de son administration, qui a pris la décision de rappeler le personnel diplomatique américain non-essentiel en Irak, en invoquant une «menace imminente» en «lien direct» avec l’Iran voisin.

«Il s’agit d’une menace imminente contre notre personnel», a déclaré un haut responsable américain à des journalistes à Washington sans entrer plus dans le détails. Cette menace «est réelle», a-t-il malgré tout insisté, évoquant notamment la responsabilité de «milices irakiennes sous commandement et contrôle des Gardiens de la Révolution iraniens», l’armée idéologique de la République islamique d’Iran. «C’est directement lié à l’Iran, de multiples flux de menaces en lien direct avec l’Iran», a renchéri un autre responsable. Selon plusieurs gradés de l’armée américaine, le renseignement aurait constaté des mouvements d’armes et de groupes pro-iraniens à terre et en mer et des instructions pour attaquer des intérêts américains comme des ambassades, des consulats ou des soldats.
Des accusations aux contours encore flous qui n’ont donc pas empêché Washington de faire monter la pression d’un cran sur Téhéran, et de pousser l’administration Trump a renforcer ostensiblement sa présence militaire dans le Golfe. Alors qu’un porte-avions et des bombardiers B-52 y étaient déjà présents, un navire de guerre et une batterie de missiles Patriot ont été envoyés en renfort.
Retrait de l’accord sur le nucléaire, retour des sanctions
Si le mouvement de défiance mutuelle s’amplifie ces derniers temps, les tensions entre les deux parties ont été ravivées depuis le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA , acronyme anglais de Joint Comprehensive Plan of Action), l’année dernière. Conclu en 2015 après d’âpres négociations entre les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Union européenne, et l’Iran, le JCPOA est censé garantir que Téhéran ne se dotera pas de l’arme atomique en échange de la levée des sanctions internationales à son encontre.

Mais dès sa campagne électorale, le président américain Donald Trump, avait qualifié le JCPOA de «plus mauvais accord jamais négocié». Sa décision d’en sortir unilatéralement le 8 mai 2018 n’était donc pas vraiment une surprise, d’autant qu’elle s’inscrit dans la stratégie du milliardaire au Moyen-Orient, qui s’appuie sur Riyad, le rival sunnite de Téhéran. Quelques peu refroidies sous l’administration Obama, les relations entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, connaissent une seconde jeunesse depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.
Le président américain, qui considère l’Iran comme «l’Etat terroriste numéro un», a ainsi pu, grâce à son retrait du JCPOA, entamer une campagne de «pression maximale» contre Téhéran. Une campagne débutée par le remise en place de sanctions contre Téhéran le 5 novembre 2018, notamment des sanctions contre les exportations de pétrole iranien, que l’administration américaine affirme vouloir réduire à zéro à terme. Le 22 avril, Washington a d’ailleurs annoncé que tout pays qui continuerait d’acheter du pétrole iranien s’exposait à des sanctions, au risque de susciter des tensions avec ses alliés.
Pressions politiques
Ce risque, Washington est visiblement prêt à le prendre pour poursuivre sa stratégie vis-à-vis de Téhéran. Et l’arsenal de Washington dans ce dossier ne se limite pas à des sanctions économiques. Le 8 avril, les Etats-Unis ont officiellement placé les Gardiens de la Révolution iraniens sur sa liste des organisations «terroristes». Donald Trump a précisé à cette occasion que c’était la «première fois» qu’une organisation «faisant partie d’un gouvernement étranger» était ainsi désignée.

Un geste politique fort, salué par les deux alliés de Washington dans la région : l’Arabie saoudite et Israël. Les deux pays, qui partagent en Téhéran un ennemi commun, profitent en effet de cette pression politique exercée par Washington. Engagé militairement au Yémen avec la coalition de pays arabes qu’elle dirige, Riyad y fait face aux rebelles houtis, soutenus par l’Iran. Le 14 mai, alors que les Houtis ont mené une attaque de drones sur un oléoduc pétrolier saoudien, Riyad n’a ainsi pas hésité a imputer l’attaque directement à l’Iran, accusant Téhéran de «mettre en œuvre son agenda expansionniste dans la région». De son côté, Tel-Aviv a reconnu en février dernier que Tsahal menait des frappes en Syrie pour contrer l’influence de Téhéran, soutenant que l’Iran voulait s’y implanter pour s’en prendre à Israël. Généralement exécrables, les relations entre les deux Etats traversent une période d’extrême tension, sous l’œil attentif de Washington.
L’administration Trump ne fait par ailleurs pas vraiment mystère de sa volonté de voir des changements intervenir à la tête de l’Etat iranien. Assurant soutenir «la voix longtemps ignorée du peuple iranien», Mike Pompeo a réaffirmé en juillet dernier souhaiter «que le régime change de manière significative son comportement, à la fois à l’intérieur de l’Iran et sur la scène mondiale». Washington a créé à cet effet un Groupe d’action au sein du département d’Etat américain, dont l’unique but est de faire pression sur Téhéran.
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Author: francais.RT.com

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