Un collectif tunisien qualifie de «colonialiste» l’accord de libre-échange UE-Tunis

S’exprimant sur les clauses de l’Accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) UE-Tunisie, un responsable du collectif associatif tunisien Block ALECA, dénonçant cet accord, a affirmé à Jeune Afrique que les déséquilibres de ce dernier et ses impacts sur l’industrie et l’agriculture tunisiennes font de lui un deal «colonialiste».

Dans un entretien accordé au magazine Jeune Afrique, Salem Ben Yahia, un des représentants du collectif d’associations tunisiennes Block ALECA, a qualifié l’Accord de libre-échange complet et approfondi (ALECA) en phase de négociation entre l’Union européenne et la Tunisie de «colonialiste». Il a par ailleurs expliqué en quoi ce nouvel accord était nuisible à l’économie nationale tunisienne, notamment dans les domaines de l’industrie et de l’agriculture.

«Depuis la signature en 1995 par la Tunisie d’un accord concernant les seuls produits industriels, son impact n’a pas encore été officiellement évalué par le gouvernement tunisien», a-t-il affirmé. «Or, des études académiques constatent que 300.000 postes de travail ont été éliminés dans ce secteur en Tunisie et que 3.200 PME ont disparu du fait du démantèlement des barrières douanières», a-t-il indiqué, précisant que «c’était prévisible dans la mesure où des entreprises avec un petit capital se sont retrouvées face à des géants européens en concurrence sur un petit marché».

Actuellement, selon lui, «la négociation [concernant le nouvel accord, ndlr] ne se fait pas d’égal à égal dans le sens d’intérêts communs, c’est pour cela que nous parlons de colonialisme».

Citant certaines dispositions disproportionnées de ce nouvel accord entre Tunis et l’UE, M.Ben Yahia affirmé que par exemple «les Tunisiens ont […] besoin d’un visa pour exercer une profession libérale en Europe; à l’inverse, les Européens n’en ont pas besoin». «Nous demandons des textes équilibrés car en l’absence de principe d’égalité, la volonté du plus fort contre le plus faible s’impose toujours», a-t-il soutenu.

Le deuxième cas soulevé par le responsable est le fait qu’en «cas de litige sur l’un ou l’autre des territoires, l’arbitrage se fasse dans des cours privées en Europe». «Les juridictions tunisiennes ne seront pas compétentes, ce qui représente une perte de souveraineté», a-t-il précisé, ajoutant que «nous réclamons le principe de territorialité».

Concernant la question de l’indépendance alimentaire, l’interlocuteur de Jeune Afrique a affirmé que «cet accord risque de tuer l’agriculture et de nous rendre plus dépendants sur le plan alimentaire». «L’inquiétude première porte sur le secteur agricole», a-t-il martelé.

Salem Ben Yahia a également reproché au gouvernement de mener ces négociations dans l’opacité totale et en faisant participer des associations favorables à la conclusion de cet accord. «Nous reprochons aux autorités le fait que les négociations débutées en 2016 se soient poursuivies sans transparence entre le ministre tunisien du Commerce et des représentants de l’UE», a-t-il affirmé, soulignant que «le gouvernement a fait participer des associations que nous pensons triées sur le volet pour leurs positions majoritairement pro-ALECA, en mettant de côté celles qui avaient leur mot à dire, comme l’Union générale tunisienne du travail (UGTT)».

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