La France porte atteinte à la protection des sources (Fédération européenne des journalistes)

Hier et aujourd’hui, trois journalistes ont été convoqués par la DGSI dans le cadre d’une enquête préliminaire suite à la publication d’une enquête sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen [1]. Nous publions à cette occasion la déclaration de la Fédération européenne des journalistes (FEJ) qui dénonce une atteinte par la France à la protection des sources. (Acrimed)
L’Assemblée générale de la Fédération européenne des Journalistes (FEJ), branche régionale de la Fédération internationale des Journalistes (FIJ), réunie du 9 au 10 mai à Tallinn :
– constate que la France vient de porter plainte contre trois journalistes français qui ont révélé l’existence d’un document classé « confidentiel défense » portant sur les ventes d’armes françaises et leur utilisation dans le cadre du conflit au Yémen ;
– relève que la plainte émane du ministère de la Défense vise le site Disclose et la cellule d’investigation de Radio France à l’origine de ces révélations ;
– note que les journalistes Mathias Destal, Geoffroy Livolsi de Disclose et Benoît Collombat de Radio-France sont convoqués les 14 et 15 mai par la DGSI (Direction générale de Sécurité intérieure). Pour avoir publié cette « note confidentielle défense », ils sont accusés de « délit » et sous le coup de peines d’emprisonnement ;
– constate que cette plainte constitue une attaque directe contre la protection des sources des journalistes pourtant garantie par la Charte du Conseil de l’Europe et la loi française du 4 janvier 2010, intégrée dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse ;
– remarque que cette procédure a pour but implicite de faire taire les journalistes et empêcher une réaction de l’opinion publique sur une potentielle implication de Paris dans des crimes contre les populations du Yémen.
L’Assemblée générale de la Fédération européenne des Journalistes appelle :
– à voter une motion condamnant la France qui par cette plainte cherche à connaître les sources des journalistes ;
– à apporter son soutien aux journalistes incriminés pour leur travail d’enquête ;
L’Assemblée générale appelle à une déclaration commune FIJ/FEJ pour exiger l’arrêt de ces poursuites. Au moment où la journée mondiale de la liberté de la presse vient d’être commémorée ce vendredi 3 mai, l’Assemblée générale appelle solennellement le chef de l’Etat français Emmanuel Macron et son gouvernement à respecter la liberté de la presse, la protection des sources sans laquelle il n’y a pas de démocratie.
Tallinn le 10 Mai 2019

[1] Geoffrey Livolsi et Mathias Destal, journalistes et cofondateurs du site d’investigation Disclose, ont été entendus hier, et Benoît Collombat, de la cellule investigation de Radio France, aujourd’hui.

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Author: Acrimed.org

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