Les communautés d’ex-combattants : le noyau dur du vote FMLN

L’un des blocs de votants qui ne souhaite pas voir le Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) salvadorien devenir plus « pragmatique » sur le plan politique est celui de la communauté des ex-combattants qui a vécu en exil une bonne partie de la guerre.
Ce groupe – la base du parti – est connu comme le « voto duro » (le noyau dur) et a reçu des terres récupérées par le gouvernement après les accords de paix de 1992. Pour ses membres, une victoire du FMLN permettrait de soigner les blessures infligées par la répression du gouvernement, les villages incendiés et les assassinats de parents. Cela représenterait aussi une voie vers le socialisme.
La communauté de Ciudad Romero – dans la région de Bajo Lempa, province d’Usulután, où le fleuve Lempa se déverse dans l’océan Pacifique- est née sur les cendres de la guerre. Elle avait été dénommée ainsi en hommage à l’archevêque martyr Oscar Romero, assassiné par les militaires le 24 mars 1980, pour avoir condamné la répression de la paysannerie par le gouvernement.
« Romero dénonçait tout ce que nous voulions dénoncer sans y parvenir », déclare José Nohé Reyes Granados, 30 ans, qui écrit actuellement un livre sur l’histoire de cette communauté. « Il était la voix des sans voix… Quand ils l’ont tué, nous avons réalisé que parler était inutile. Ils avaient tué l’archevêque… qui pourrait parler maintenant ? La seule voie était celle de la résistance armée. »
Deux mois plus tard, les militaires attaquèrent le village où Reyes et sa famille vivaient à La Unión – une province de l’est du Salvador- car beaucoup de gens de la communauté étaient suspectés d’être actifs au sein du mouvement guérillero. Quelque 600 villageois prirent la fuite en traversant le fleuve Lempa en direction du Honduras voisin – profitant de la nuit pour éviter la répression militaire également pratiquée au Honduras le long de la frontière.
L’Organisation des Etats américains (OEA) ayant appris la détresse des réfugiés leur donna abris et nourriture pendant six mois au Honduras, jusqu’à ce que le gouvernement panaméen accepte de les héberger – à condition que les Salvadoriens aident au nettoyage des routes au travers de l’épaisse jungle, allant de la ville de Panama à l’océan Atlantique.
Mais lorsque le président du Panama, de gauche, Omar Torrijos fut assassiné un an plus tard, les Salvadoriens se retrouvèrent isolés politiquement. Ils construisirent un village au fin fond de la jungle qu’ils nommèrent Ciudad Romero, ou la ville de Romero. Là-bas, les membres de la communauté construisirent des maisons et une église, dans laquelle ils peignirent une fresque en hommage à leur archevêque bien aimé. Ils pouvaient capter le signal radio des rebelles du FMLN, ce qui leur permit de suivre les événements jusqu’à leur retour à la maison, puisqu’ils vécurent en exil durant une décennie.
En novembre 1989, le FMLN lança une offensive réussie à la fois sur San Salvador et en zone rurale, prouvant au régime militaire qu’il bénéficiait du soutien populaire pour continuer sa résistance de manière indéfinie. L’offensive, doublée du massacre perpétré par les militaires à l’encontre de six prêtes jésuites à l’Université d’Amérique centrale, força le gouvernement à négocier avec le FMLN.
Les réfugiés démontèrent le mur d’église, pierre par pierre, et retournèrent au Salvador avec la fresque dans leurs bagages. Le gouvernement accorda des terres à Bajo Lempa aux près des 220 familles provenant de Ciudad Romero, qui arrivèrent là-bas en mars 1991 pour ériger de toutes pièces une autre communauté.
Environ mille personnes vivent aujourd’hui à Ciudad Romero, laquelle fonctionne sous l’égide de l’association Mangle, une organisation de développement rural à but non lucratif qui travaille avec 70 communautés pour favoriser des projets publics, tels que la construction de maisons ou la protection des proches forêts de mangrove en voie d’extinction. L’association gère également Radio Mangle, une station de radio dans les environs de San Nicolas qui diffuse une programmation musicale, culturelle et d’informations.
D’autres communautés de l’association Mangle partagent des histoires dramatiques similaires. Les résidents de San Hilario et Amando Lopez étaient originaires de Morazán et La Union, des provinces de l’est du Salvador où était basée la guérilla, du fait de l’éloignement et de l’accès aux frontières hondurienne et nicaraguayenne. La plupart rejoignirent les rebelles ou ârticipèrent à la résistance. Comme Ciudad Romero, beaucoup durent quitter le pays lorsque les militaires arrivèrent dans leurs villages.
Un résident de San Hilario Arnoldo Ortiz, qui a rejoint la guérilla à l’âge de 14 ans en 1980, n’aurait jamais pensé qu’il survivrait à la guerre –et qu’il verrait l’autre côté. « La transition du conflit armé vers la paix a été difficile puisque j’ai grandi avec la guerre », dit-il. « Nous venions d’un processus où nous ne savions pas grand chose de la vie civile. Nous n’y connaissions rien en maisons, terres, aspects économiques. »
« Ce que nous avons appris pendant la guerre c’était de vivre ensemble comme des frères. En tant que combattants, nous avons tout partagé pour survivre… que ce soit une tortilla, un cookie ou un cigare. »
Mariela Luciña Hernandez, 45 ans, d’Amando Lopez—une communauté du nom de l’un des prêtres jésuites assassinés par les militaires en 1989 – était médecin au sein des rebelles. Les militaires l’ont capturée et torturée en 1981 et elle s’est ensuite enfuie au Nicaragua.
Aujourd’hui, Hernandez dirige une association de femmes de la communauté et travaille avec les vétérans de la guerre. Elle dit que la chose la plus importante qu’elle et ses compañeros ont apprise à l’époque a été comment s’organiser et travailler ensemble.
« Nous travaillons à l’organisation à un niveau local pour le parti, pour faire avancer la cause à travers la communauté, par le biais de Radio Mangle », dit-elle. « Si nous pouvons planter du maïs, et récolter toutes les graines que nous semons, le FMLN peut les acheter et nourrir les gens. Le pays doit changer, petit à petit. »
Dans un tournant politique surprenant, les voisins de Ciudad Romero à Nuevo Amanecer les rejoignent maintenant en arborant les tee-shirts rouges du FMLN. Les militaires ont octroyé des terres aux anciens soldats, qui ont appelé leur communauté Nuevo Amanecer (« Nouvelle aube »), et ceux-ci sont restés fidèles au gouvernement ARENA, jusqu’à ce que petit à petit, ajoute Reyes, ils réalisent que l’ARENA ne faisait pas grand chose pour aider leur communauté. Durant 20 ans, ils se sont battus avec un accès limité à l’eau et des projets d’agriculture. .
Ennemis durant la guerre, Ciudad Romero et Nuevo Amanecer sont maintenant des alliés, et elles représentent la base du FMLN.
Voir en ligne : article en espagnol
Ce reportage a été possible grâce à un financement de Communitas.
Source : In These Times, décembre 2008.

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Author: RISAL.Collectifs.net

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