Panama Papers: la bombe financière – acte I

Alors que ce chaleureux premier weekend d’avril, aux températures printanières, touchait tranquillement à sa fin, 109 sites d’informations dans 76 pays ont publié simultanément, aux alentours de 21 heures, la plus grande affaire de fraude fiscale de l’Histoire humaine.Il y a un an, le journal allemand Süddeutsche Zeitung reçoit un email d’une source anonyme proposant gracieusement des informations. La rédaction accepte évidemment et s’en suit des échanges de données dans des volumes inédits: 2,6 Téraoctets de données, c’est 1500 fois Wikileaks et cela correspond à 11,5 millions de fichiers!Face à tant d’informations, la rédaction du journal allemand entre en contact avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), qui à son tour inclut une centaine de ses partenaires dans l’analyse des fichiers. 400 journalistes travaillent alors pendant plusieurs semaines, jusqu’à hier soir lorsque le premier volet est prêt à être diffusé massivement: 140 individus et entreprises de toutes nationalités sont alors exposés.De quoi parle-t-on?Et bien tout simplement d’évasions et fraudes fiscales à travers des sociétés dites “offshore”. C’est à dire une société enregistrée (immatriculée) dans un pays autre que celui du résident fiscal (ailleurs que là où vous payez vos impôts). Ce qui n’est pas nécessairement illégal, chaque contribuable à le droit de créer une telle société MAIS il doit la déclarer!Et c’est sur ce point que l’affaire porte, le Panama est un petit paradis fiscal où créer une société est aisé et permet de le faire sous, par exemple, un prête-nom. Ainsi les propriétaires de ces sociétés n’ont tout simplement pas déclaré à leur fisc, être détenteurs de ces sociétés et n’ont donc pas été imposé sur les actifs, les bénéfices et n’ont pas payé les nombreuses taxes que la fiscalité nous impose (sans mauvais jeu de mot).Ce qui à déjà été révéléLe premier volet diffusé dénonce 140 individus: chefs d’états, membres de gouvernements, proches de hauts fonctionnaires, acteurs, sportifs, hommes d’affaires, réalisateurs, artistes, tous les métiers sont concernés avec un point commun de taille: ils sont “riches”.La liste détaillée des hommes d’états déjà divulguée est disponible ici: Hommes d’EtatEt la liste complète là: Liste complètePour les plus célèbres d’entre eux, on notera:les chefs d’états de: l’Argentine, l’Islande, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, l’Ukraine;les proches: du premier ministre britannique, du président russe, du roi d’Espagne, de l’ancien Secrétaire Général de l’ONU, du “président” de la Syrie;Autres: le réalisateur Pedro Almodovar, le sportif Lionel Messi, l’acteur Jacky Chan.Et la France dans tout ça?Ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas en reste. Pour l’instant “seuls” cinq de nos concitoyens sont concernés, mais pas des moindres:Jérôme Cahuzac: (hahaha) plus besoin de présenter notre ancien ministre du budget déjà en procédure pour fraude fiscal et dont la charge d’état qui lui incombait était précisément de la combattre.Patrick Drahi: président du groupe Altice, actionnaires, entre autres, de BFMtv, l’Express, Libération…Patrick Balkany: (hahahaha) Maire de Levallois-Perret et grand “usager” de la Justice FrançaiseArnaud Claude: associé de Nicolas Sarkozy (hihihi)Michel Platini: ancien président de l’UEFA et de la commission d’éthique de la FIFA (connue pour sa droiture haha)Et ce n’est que le début! 1000 ressortissants de notre beau pays sont concernés et apparemment un de nos principaux partis politiques aurait aussi l’honneur de figurer sur ce tableau de chasse.Au total ce sont plus de 210 000 sociétés basées au Panama qui sont ciblées, et les médias ont promis des révélations tout au long de la semaine. Pour l’heure la carte dynamique ci-dessous donne une idée de l’ampleur de cette affaire: CarteQuels problèmes cette affaire soulève-t-elle?Ces révélations sans précédent, soulèvent deux grandes équivoques: Premièrement, il semblerait que les puissants de ce monde n’aiment pas se plier aux règles qui nous concerne nous, gens du peuples, et qui plus est, aux règles qu’ils édictent parfois eux-mêmes!Le second problème est relatif à l’origine de tout cet argent, car pour pouvoir profiter de sociétés offshores non déclarées, il faut généralement faire appel à de l’argent non déclaré et donc souvent sale. On peut donc présumer que de nombreux financements sont issus de détournements de fonds publiques, de corruptions, de trafics divers, et autres moyens peu scrupuleux de s’enrichir.Au-delà de la franche rigolade que ces révélations m’ont fournie, la colère gronde toutefois. Bien que ce ne soit pas une découverte, il m’est extrêmement déplaisant de penser que les élites internationaux, en charge de “guider” les peuples du 21ème siècle soient les premiers à violer les règles, qu’ils encouragent publiquement, en raison de leurs instincts primaires nourris d’avidité. J’espère que cette affaire, encore à son commencement, poussera les peuples de notre Espèce à exiger plus de rigueur et de transparence de la part de nos leaders (une transparence totale même?).Il est toutefois amusant de noter que Bashar Al-Assad, David Cameron, Vladimir Poutine et le roi de l’Arabie Saoudite ont caché leur argent au même endroit. A croire que l’argent n’a pas d’opinion politique.Sapiens,Lundi 04 avril 2016

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Author: Sapiens-Diplomatie.blogspot.com

Comprendre les crises internationales du 21ème siècle