Plateforme Refinitiv : La criminalité financière en débat

Œuvrer à faire de la préservation de l’intégrité du secteur financier l’un des principaux axes du développement de la région MENA (Moyen-Orient /Afrique du Nord) est ce à quoi ont appelé les participants au 13e sommet sur la «Lutte contre la criminalité financière dans la région MENA», qui s’est tenu il y a quelques jours à Dubaï (Emirats arabes unis).
Organisé à l’initiative de Refinitiv, l’un des plus importants fournisseurs de données et de statistiques relatives aux marchés financiers au monde, desservant plus de 40 000 institutions, des universités, centres de recherche, etc. dans plus de 190 pays, en partenariat avec l’Union des banques arabes (UBA), ce regroupement a permis aux centaines de conférenciers, des universitaires et des banquiers surtout, issus de dizaines de pays de la zone MENA, l’Algérie, entre autres, de débattre des répercussions du changement réglementaire mondial, en réponse à la criminalité financière.
Une tribune inédite s’est donc offerte à au moins 40 intervenants, la plupart des experts en conformité financière, pour échanger avec l’assistance autour du paysage réglementaire mondial et de son influence sur la région MENA, de la criminalité financière, de la réduction des risques, de l’inclusion financière, de la révolution numérique des services financiers, de la cybersécurité, de la crypto-monnaie et de la blockchain, détaille, dans une déclaration transmise à notre rédaction, Tarik Fleyhan, chargé des relations publiques pour la zone Moyen-Orient, Afrique, Europe centrale et orientale à Refinitiv. Etaient également au cœur des débats, ajoute le même responsable, les défis du partage de l’information, les sanctions et l’utilisation des technologies émergentes, avec une longue halte sur les évaluations du Groupe d’action financière (GAFI) dans la région MENA et l’impact des mises à jour de la politique de conformité dans la lutte contre la criminalité financière.
Risques transcendants
A ce sujet, est il souligné dans le même document : «L’Union des banques arabes (UAB) et le groupe de contrôle de la criminalité financière de la région MENA (MENA FCCG) suivent de près l’évolution des relations avec les correspondants bancaires et multiplient les activités et les campagnes de sensibilisation dans plusieurs pays du monde, y compris les Emirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, l’Egypte, Oman, la Jordanie et la Turquie, entre autres.» Mieux, ajoute le même responsable, «voilà des années qu’ une grande bataille est menée contre les esprits criminels, luttant ainsi pour mettre fin à leur comportement illicite et protégeant les banques et sociétés arabes à travers la définition des concepts de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme».
Et si la dépendance accrue de la technologie a permis d’améliorer l’efficacité des opérations et à réduire l’intervention humaine, «l’absence d’applications Regtech – Technologie de réglementation des services financiers – réussies peut entraîner des risques qui transcendent la cybersécurité», ont mis en garde les experts en conformité financière lors du sommet.
L’enjeu est donc non négligeable pour les hôtes de Dubaï, cette ville-Emirat, devenue l’une des places financières offshore les plus sollicitées, les banques y constituant une boîte noire pour les fonds suspects en provenance de pays d’Afrique du Nord, surtout. «Le secteur bancaire arabe étant l’une des plus grandes sources de développement et de prêts aux secteurs privé et public.
A la fin de 2018, les actifs du secteur bancaire arabe atteignaient 3,5 billions de dollars, ce qui représente 140% du PIB, alors que la somme des dépôts a atteint 2,2 milliards de dollars et que les prêts ont atteint 2000 milliards de dollars», tient à rappeler le représentant de Refinitiv, ce robuste partenaire de la communauté mondiale des finances et moteur des performances dans les domaines du commerce, des investissements, de la gestion de patrimoine, conformité réglementaire, gestion des données de marché, risque d’entreprise et lutte contre la criminalité financière.
D’où l’appel réitéré des financiers présents au sommet de Dubai à rester déterminés «à prévenir, à détecter et enquêter sur les actes de corruption et d’inconduites afin de garantir que les ressources des banques soient efficacement protégées et adéquatement utilisées».
Car malgré la mise en place de dispositifs légaux de plus en plus étoffés en matière de lutte contre la criminalité financière, nombre de pays de la région MENA, à l’image de l’Algérie, se retrouvent régulièrement mêlés à de grands scandales de corruption internationale et de blanchiment d’argent.
Le 5e rapport d’enquêtes menées par les experts de la plateforme Refinitiv sur la criminalité financière dans la région, présenté lors du sommet de Dubai, a justement examiné de plus près l’évolution des attitudes et les réponses au risque réglementaire dans la région, mettant en exergue les nouvelles tendances en matière de conformité et de réglementation sur les marchés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. «Les résultats ont fait ressortir cinq tendances- clés, notamment l’intérêt croissant pour la technologie, les responsabilités en tant que risque réglementaire, la lutte accrue contre la corruption et l’émergence de nouveaux programmes de conformité ambitieux fruit de coopérations régionales et bilatérales et la poursuite des efforts des petites banques aux fins d améliorer leurs systèmes de prévention», résume M. Fleyhan.
Innovation technologique
Bien que les rapporteurs de Refinitiv aient convenu que le recours accru à la technologie et à la numérisation des services financiers offre une opportunité d’améliorer la transparence et d’instaurer la gouvernance, ils ont néanmoins exhorté les organisations anti-finance souterraine à ne pas négliger le capital humain, la numérisation et les nouvelles technologies pouvant aggraver la perte de revenus liée aux flux financiers illicites : «Les enquêtes de nos experts ont révélé un investissement accru dans la fonction de conformité et une confiance croissante dans la technologie de réglementation Regtech. Les coûts de mise en conformité sont sous pression en raison de l’accélération de la région MENA en matière de changement réglementaire.
L’innovation techno-logique pourrait rendre l’ensemble des ressources financières de la région MENA un cadre plus robuste et impénétrable. Cependant, il est important de noter que les compétences techniques pointues ne sont pas les seules exigences d’une fonction de conformité réussie sur ces marchés. L’amélioration continue des compétences est tout aussi importante pour contrecarrer la grande délinquance financière», explique la même source. D’autant que, comme le fera remarquer Nadim Najjar, DG pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord/Refinitiv, «Les résultats que nous avons obtenus font état d’une réduction des investissements dans les compétences et la formation.
Ce qui peut indiquer un basculement des ressources humaines vers la technologie, au moins à court terme. Les organisations basées dans la région MENA sont tout aussi exposées à un risque réglementaire croissant que leurs homologues mondiaux». Mettant un accent particulier sur la nature mondiale de la criminalité financière, le blanchiment d’argent surtout, dont le volume se situerait entre 1500 et 1700 milliards de dollars, environ 2,7 à 2,9% du PIB mondial, M. Fleyhan, à l’instar de son collègue Phil Cotter, DG Risques/Refinitiv, estime qu’en tant que pays arabes «nous avons plus que besoin d’une action collective, d’approches plus novatrices si nous voulons lutter efficacement contre ce phénomène. Nous sommes en appétit accru pour la collaboration public-privé.
Refinitiv s’est engagé à faire progresser cette approche et à créer une coalition avec Europol et le Forum économique mondial pour la lutte contre le crime financier. Nous avons aussi un partenaire stratégique, MENA Financial Crime Compliance, un groupe d’initiatives des banques régionales, lancé en septembre 2016». Et pas que, puisqu’une coopération pour un partage d’expériences est en projet avec le Bureau de l’intégrité et de la lutte contre la corruption (PIAC).
Lutte plus sérieuse
Cet organe qui à travers des mécanismes et mesures à la fois de prévention et d’enquête œuvre à promouvoir l’intégrité dans l’utilisation des ressources du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) et veille à «prévenir, détecter et dissuader la coercition, la collusion, la corruption, la fraude et l’obstruction dans les opérations financées par le Groupe de la Banque», a pris une initiative, fortement saluée lors du 13e sommet de Dubaï.
Il s agit de la création du Fonds africain pour l’intégrité (FAI), qui vise à «mettre à la disposition des institutions et organisations des Pays membres régionaux (PMR) des ressources issues des sanctions financières imposées aux entreprises ayant été reconnues coupables de s’être livrées à des pratiques répréhensibles». Ressources susceptibles d’être mobilisées pour les besoins de mesures ou d’activités à valeur ajoutée dans la lutte contre la corruption. C’est dire que dans la région MENA, ou partout dans le monde, la criminalité financière est de plus en plus présente dans les agendas politiques ou économiques, eu égard à l ampleur qu’ elle a prise ces deux dernières décennies.
Les effets de cette délinquance haut standing florissante s’avéreront, toutefois, dangereusement dévastateurs en Afrique, y affectant sensiblement le développement et la gouvernance. D’après des estimations concordantes, les flux financiers illicites principalement liés aux transactions commerciales, évasion fiscale, activités criminelles (blanchiment d’argent, et drogues, armes et traite des êtres humains), à la corruption et l’abus de pouvoir, auraient franchi le seuil de 50 milliards de dollars par an.
«Ces sorties illicites de capitaux, qui portent atteinte à la primauté du droit, restreignent les échanges et aggravent la situation macroéconomique, sont facilitées par quelque 60 paradis fiscaux internationaux et des pays où la loi sur le secret bancaire permet de créer et d’exploiter des millions de sociétés déguisées, de sociétés écrans, de comptes fiduciaires anonymes et de fondations caritatives factices», a-t-on, une fois encore, mis en garde. Les mises en garde et les appels à une lutte plus sérieuse contre le crime financier lors du 13e sommet de Dubaï, nouvelle autre porte de sortie vers les marchés financiers et places bancaires extérieurs pour les fonds d’ origine suspecte, seront ils, cette fois ci, écoutés ? Car, «l’éradication des pratiques illicites n’est qu’une vue de l’esprit.
Et les réduire à leur plus simple expression n’est pas pour demain, d’autant que nombre de pays n’en veulent pas et ne se montrent pas particulièrement pressés à coopérer avec des experts, malgré l’existence de la législation pénalisant les crimes économiques et financiers», tel que l’a si bien souligné dans son dernier rapport le Groupe de haut niveau (GHN), mis en place en 2014 par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) aux fins d étudier la question des flux financiers illicites en provenance d’Afrique.
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Author: ElWatan.com

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